Ukraine  : « le Serviteur du peuple »

Diffusée depuis 2015, la série ukrainienne sobrement nommée « le Serviteur du peuple » est interprétée principalement en russe. Annoncée pour la fin 2018, la diffusion de sa troisième saison a été reportée au 27 mars 2019, soit quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Une opération qui n’est pas seulement commerciale pour cette série qui cartonne.

La série traite de l’élection au poste de président de la République d’un professeur d’histoire de Kiev, et de ses déboires. Une élection due à sa volonté d’entamer une lutte acharnée contre la corruption en s’entourant d’une équipe honnête pour s’opposer à un trio d’oligarques tirant ficelles et bénéfices dans l’ombre. Et il s’est avéré que l’acteur principal de cette série, Vladimir Zélenski, né dans l’est du pays en 1978, avait de réelles ambitions présidentielles, manifestées à la fin de l’année 2018, en bénéficiant du soutien d’un parti au nom évocateur : « le Serviteur du peuple »…

Par-delà l’humour, la véracité des répliques et de certaines situations de la série, on peut, cependant, plus que douter de la capacité de cet éventuel nouveau président à incarner une inflexion. Propriétaire de biens dans trois pays, Zélenski propose une politique en faveur des plus riches et est entouré dans son équipe de campagne de proches de Yanoukovitch et de Porochenko : les deux derniers oligarques-présidents dont l’un était pro-russe et l’autre non.

La chaîne de télé « 1+1 », assurant la production et la diffusion de la série, est contrôlée par Igor Kolomoïski, cinquième plus riche oligarque du pays aux intérêts liés à la métallurgie, à la banque, aux entreprises offshore, à la chimie du pétrole, à la construction aéronautique et aux médias, notamment dans sa région natale de Dniépropétrovsk, dans l’est du pays. La série montre une « bataille » dans le cadre institutionnel existant, à ses sommets et dans les coulisses, sans participation en aucune manière de la population salariée et des retraitéEs à la vie politique active. À l’instar de Sisyphe, le président du film doit tout le temps remonter le rocher en haut de la montagne. Un ressort dramatique pour perpétuer une série, pas pour autre chose.

En tête du premier tour des élections du 31 mars, les chances de Zélenski, gagnant progressivement en popularité au cours de la campagne, sont sérieuses. Un véritable séisme politique ? Selon un sondage de l’Institut Gallup, 9 % des UkrainienEs feraient confiance à leur gouvernement et 12 % croient en l’honnêteté des élections. La guerre civile dans l’est du pays, la corruption, le développement des activités mafieuses des secteurs « traditionnels » du banditisme au monde économique, et le niveau de vie assez bas, tout comme les revenus, conduisent de nombreux travailleurs à émigrer. Pas grand-chose à attendre des élections, ni des pseudo-humoristes.

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