Turquie : « Combattre le coronavirus c’est combattre le capitalisme ! »

Uraz Aydin

Uraz Aydin est Membre de Sosyalist Demokrasi icin Yeniyol, section turque de la IVe Internationale. Il est l’un de nombreux universitaires limogés pour avoir signé une pétition en faveur de la paix avec le peuple kurde. 

Depuis l’annonce le 10 mars du premier cas d’infection et, une semaine plus tard, du premier décès dû au Covid-19, la Turquie compte aujourd’hui 7 500 contaminés et 108 morts. On entre ainsi dans les semaines où le nombre de cas et de décès vont très vraisemblablement se multiplier de façon dramatique. Mais qui permettront aussi de mesurer si les mesures prises jusqu’à maintenant ont permis de contenir un tant soit peu la propagation du virus.

Sauver d’abord le capital

Les multiples campagnes publics ou privées, comme « il y a de la vie chez soi » ou dans un style plus direct « reste chez toi », ont certainement pesé sur le choix de ceux qui avaient la possibilité de ne pas bouger de chez eux. Divers secteurs des « cols blancs » dont les entreprises ont adopté des mesures de télétravail sont aussi restés cloisonnés chez eux. Toutefois une partie importante des couches laborieuses n’a pas pu pratiquer cette auto-quarantaine et a ainsi été exposé au risque de contamination pendant ces deux dernières semaines.

Les mesures prises par le régime Erdogan, n’échappent pas à la règle et montrent bien que le dilemme « la vie ou le profit », même dans une conjoncture « apocalyptique » n’en constitue pas un pour la classe dominante et les gouvernements bourgeois. Tout pour sauver le capital et que de maigres mesures pour le peuple comme des réductions sur la TVA ou bien des facilités concernant l’obtention des crédits immobiliers ou encore d’autres mesures qui sous couvert de soutien économique visent surtout à renforcer la politique d’endettement des ménages. Et cependant, il n’est toujours pas question d’appeler à un confinement général et d’interrompre les activités économiques et professionnelles non-essentielles.

D’autre part, l’économie turque étant frappé par une profonde crise depuis près de deux ans, l’État n’a déclaré un paquet de soutien que d’une faible somme - de l’ordre de 14 milliards d’euros - qu’il sera très probablement obligé de réviser ou d’accroitre selon la tournure que prendrons les évènements.

Et continuer la répression

Toutefois c’est le business as usual qui continue pour Erdogan et son bloc islamo-nationaliste. En pleine crise du Coronavirus le ministère de l’Intérieur a nommé des gouverneurs à la tête de cinq autres municipalités dirigées par des maires HDP - qui furent ainsi démis de leur fonction. Ainsi parmi les 64 mairies remportées lors du scrutin municipal de mars 2019, au total 37 ont été « récupérées » par le régime et 21 de ces maires destitués ont été mis en état d’arrestation.
L’AKP et son allié d’extrême droite MHP ont aussi proposé un projet de loi concernant le report de la mise à exécutions de peines d’emprisonnement, visant à alléger le nombre d’incarcéré en prison face au risque de contamination. Celui-ci inclurait entre autres les condamnés pour violence sexuelles mais ne concernerait pas ceux qui purgent une peine ou bien sont en détention provisoire pour des actes assimilés au terrorisme (rappelons que toute critique du régime ou expression de solidarité avec le peuple kurde est classifié parmi cette catégorie de « crime »).  Ainsi de nombreux journalistes, intellectuels et notamment les députés et militants incarcérés du HDP ne pourront pas bénéficier de cette loi.

Face à la crise du coronavirus, le régime a aussi dû abandonner, temporairement, sa politique d’ouverture des frontières pour les migrants qui voudraient rejoindre l’Europe. Pour évacuer le camp qui s’était formé à la frontière gréco-turque et obliger les migrants à quitter les lieux les autorités turques ont brulé les tentes et ont ramené les migrants dans des centres de rétention où ils seront mis en quarantaine pendant deux semaines.

Imposer une autre politique

Les prochaines semaines vont être cruciales pour imposer au gouvernement la prise de mesures plus radicales pour la santé des travailleurs comme l’arrêt des activités de production non essentielle, l’imposition de congés payés, le report des paiements de factures (gaz, électrique, eau), l’interdiction des licenciements etc. Autant de revendications exprimées, entre autres, dans la campagne menée par la section turque de la Quatrième Internationale Yeniyol avec deux autres groupes marxiste-révolutionnaire (Başlangıç et le Parti de la démocratie ouvrière - IDP lié à l’UIT-CI) dont le titre résume bien la tache de toutes les forces de gauche au niveau international « Combattre le Coronavirus c’est combattre le capitalisme ! »

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