Trump, pouvoir personnel et diplomatie agressive

Le 13 mars au matin, Trump a fait savoir par son premier tweet de la journée que Rex Tillerson, le secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères), était « remercié pour son service » et Mike Pompeo, directeur de la CIA, promu pour le remplacer. 

Pompeo « fera un job fantastique », a promis Trump. Et, dans la foulée, le président des États-Unis a vanté la nomination de la « première femme à la tête de la CIA », Gina Hasselt, connue pour ses idées réactionnaires et pour avoir, elle-même, pratiqué la torture  lorsqu’elle dirigeait une prison secrète de la CIA en Thaïlande.

« You’re fired ! » : une politique

C’est d’abord une méthode de gestion du personnel, y compris haut placé : mettre tout le monde à sa botte en créant un climat d’insécurité, de menace, des rapports de pouvoir humiliant, y compris à l’égard des plus hauts commis de l’État. En à peine un an et demi, 24 membres de l’équipe de la Maison Blanche ont été virés ou démissionnés.

Tillerson, ex-PDG d’ExxonMobil, était depuis longtemps sur un siège éjectable à cause de ses relations avec Poutine et de ses désaccords affichés sur la Corée du Nord, et surtout à propos de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran qu’il défendait contre Trump.

Peu après, Andrew McCabe était limogé. Il avait dirigé le FBI après le licenciement de son directeur James Comey pour les mêmes raisons : la volonté de Trump de mettre un terme à l’enquête russe du procureur spécial Robert Mueller, qualifiée de « chasse aux sorcières »

Électoralisme

Cette valse grotesque n’obéit pas qu’à une seule volonté de pouvoir mais aussi à des préoccupations électorales et plus fondamentalement politiques. 

Le jour du limogeage de Tillerson se déroulait une élection partielle en Pennsylvanie pour un siège à la chambre des représentants. Elle indique une impopularité croissante des Républicains, qui  pourrait augurer de leur défaite et d’une vague démocrate en novembre lors des élections de mi-mandat où seront renouvelés tous les élus de la Chambre des représentants, un tiers des sénateurs et plus de 30 gouverneurs. 

Trump, qui voit sa popularité se dérober sous ses pieds, tente de reprendre la main en affirmant son autorité personnelle tout en reprenant plus de marges de manœuvre vis-à-vis de l’establishment auquel il a dû, pour l’essentiel, se plier. Il veut avoir les mains libres pour mener sa campagne.

Militarisme

En corollaire, il veut démontrer qu’il reste fidèle à ses promesses et à sa démagogie en particulier sur le terrain de la politique extérieure. Les questions de politique intérieure et extérieure se rejoignent sur le fond : mener et faire accepter une politique offensive et militariste. Mike Pompeo semble l’homme de la situation. À la veille de la rencontre avec Kim Jong-un, il partage sans réserve la démarche hostile et militariste de Trump à l’égard de la Corée du Nord et de l’Iran qu’il accuse, sans gène, de rechercher une « hégémonie régionale ». En ligne de mire, la Chine, alliée de Téhéran, et la volonté de contenir l’expansionnisme de Xi Jinping dans le Pacifique et dans le monde. 

Le nouveau secrétaire d’État est à l’unisson avec son patron lui qui avait promis, il y a peu, une CIA plus « agressive, brutale, impitoyable, implacable – vous choisissez le mot ». Et le dernier en date des démissionnés, Cohn, est un conseiller économique qui contestait la guerre commerciale que Trump prétend mettre œuvre contre la Chine. 

Yvan Lemaitre

 

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