Trump à l’ONU : demain l’apocalypse ?

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Attaques et menaces renouvelées contre le Venezuela mais aussi contre Cuba, contre l’Iran, et avant tout contre la Corée du Nord que les Etats-Unis seraient prêts à « détruire totalement »…  La brutalité belliciste de Trump, lors de son discours du 19 septembre devant l’assemblée générale de l’ONU, a saisi le monde d’effroi – et il y a de quoi avoir peur. Loin d’un repli isolationniste, la politique de « l’Amérique d’abord », tentative de redéploiement et reconquête  de ses marchés par la première puissance impérialiste, aggrave toutes les tensions internationales, au point de faire aujourd’hui ressurgir le spectre d’une conflagration nucléaire. D’autant que la dictature – et dynastie – policière des Kim ne montre aucun signe de fléchissement : les dirigeants nord-coréens savent que s’ils reculent, c’est un sort comparable à celui de Saddam Hussein et de Kadhafi qui pourrait, à terme, leur être  réservé. Leur bombe et leurs missiles sont leur assurance-vie.

Une grande question est de savoir ce qui, dans le discours trumpien, relève des incontinences verbales dont l’occupant de la Maison-Blanche est familier, et ce qui traduit une véritable « rationalité » impérialiste. Le fait que soient ciblés des Etats de trois régions déterminées qui, pour une raison ou une autre, ne se plient pas aux diktats de Washington, répond sans aucun doute à une logique. L’Amérique latine, c’est la traditionnelle « arrière-cour » où les capitaux chinois, russes, européens et autres sont venus faire aux multinationales US une concurrence de plus en plus déplacée. L’Asie du sud-est, le lieu où se rencontrent directement les deux principales puissances, celle qui émerge et celle qui lutte pour freiner son déclin. Et point besoin d’épiloguer sur le Moyen-Orient, où l’Iran des mollahs reste considéré comme la principale menace, notamment envers l’allié historique et stratégique qu’est l’Etat d’Israël. Il reste que les déclarations tonitruantes ne se traduisent pas nécessairement par des actes équivalents.

Ainsi, à ce jour, les Etats-Unis n’ont pas dénoncé l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien – même si Trump a annoncé à ce sujet « avoir pris une décision » (dont on ignore la teneur). De même n’ont-ils pas fermé leur ambassade à Cuba (rouverte sous Obama en juillet 2015) et continuent-ils d’acheter une grande part de la production pétrolière vénézuélienne. Face à la Corée du Nord, en même temps que la pression militaire s’intensifie (« douze scénarios militaires » seraient étudiés par les Etats-Unis…), des efforts diplomatique se poursuivent. Peu après la saillie présidentielle à l’ONU, le secrétaire d’Etat (ministre des affaires étrangères) Rex Tillerson a affirmé, à l’issue d’une visite en Chine où il a été reçu par le président Xi Jinping, que « nous ne sommes pas dans le noir complet, nous avons deux ou trois canaux [de communication] ouverts avec Pyongyang (…) Nous pouvons leur parler, nous leur parlons (…) Nous sondons [le régime de Kim Jong-Un], donc restez attentifs ».

A quoi Trump a néanmoins répondu (par tweet comme à son habitude) que c’était une « perte de temps » : « j’ai dit à Rex Tillerson, notre magnifique secrétaire d’Etat, qu’il perdait son temps en tentant de négocier avec le petit homme-fusée ». Tillerson, ancien PDG d’Exxon Mobil, ami personnel de Poutine, s’était déjà démarqué de Trump après ses déclarations scandaleuses consécutives à l’assassinat néonazi de Charlottesville (« le président parle pour lui-même (…) j’ai fait mes propres commentaires dans un discours au département d’Etat (…) Nous exprimons les valeurs américaines depuis le département d’Etat (…) La haine n’est pas une valeur américaine »). Qui dirige vraiment, qui donne le « la » de la politique extérieure US ? L’homme le plus puissant au monde est-il d’une certaine façon sous contrôle ou surveillance ? Bien malin qui pourrait répondre…

Quoi qu’il en soit, la nécessité d’un mouvement de masse contre la militarisation croissante et pour le désarmement nucléaire devient pressante. Ici, il s’agira de cibler aussi Macron et son gouvernement qui, tout « multilatéralistes » qu’ils soient, participent pleinement de cette course vers l’abîme.

Jean-Philippe Divès

 

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