Trump en Asie : Diplomatie, commerce et militarisme

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Trump a entamé au Japon, le 5 novembre, sa tournée en Asie, la plus longue, depuis un quart de siècle, de la part d’un président des États-Unis.

Le Japon, la Corée du Sud, la Chine, le Vietnam et les Philippines figurent au programme, avec en prime une rencontre annoncée avec Poutine : « Nous voulons l’aide de Poutine sur la Corée du Nord », explique Trump. Alors qu’il est en grande difficulté à Washington, de plus en plus impopulaire, il espère reprendre la main là où les USA l’ont le plus perdue…

Démagogie et stratégie

Si Trump a déjà annoncé que sa tournée diplomatique serait un succès, il aura quelques difficultés à donner une cohérence à sa politique après avoir abandonné, dès son arrivée à la Maison-­Blanche, le projet d’Obama sur un accord de libre-échange, le Partenariat transpacifique, TPP. Le Japon avait soutenu cette stratégie du « pivot asiatique », qui visait à doper en Asie l’influence économique et militaire étatsunienne afin de contrebalancer la montée en puissance de Pékin. Face au retournement de Trump, le Japon promeut un « monde indo-pacifique libre et ouvert » qui réponde à la préoccupation des USA de s’allier avec l’Inde face à la Chine et aux provocations de Pyongyang, une « menace pour le monde »

Le Premier ministre japonais, Abe, avait été le premier dirigeant étranger à féliciter Trump pour son élection, pressé de désamorcer une guerre commerciale avec les États-Unis et d’obtenir le soutien de Washington dans un conflit territorial à propos des îles Senkaku / Diaoyu, également revendiquées par la Chine. Une double préoccupation des deux protagonistes, commerciale et sécuritaire, militaire, face à leur commun adversaire, la Chine, qui suffit pour afficher une entente totale avec « un partenaire précieux et un allié crucial »

Bœuf japonais ou texan ?

Alliés mais néanmoins rivaux, bataille commerciale oblige. Trump a critiqué la hausse, en août, des taxes japonaises à l’importation du bœuf américain, de 38,5 % à 50 %. Tokyo a promis de réviser son système, et Trump et Abe ont, tour à tour, mangé du bœuf étatsunien et japonais... La diplomatie gastronomique n’a pas empêché Trump d’enfoncer le clou. Devant des hommes d’affaires américains et japonais, il a dénoncé des « déficits commerciaux massifs au profit du Japon depuis de très nombreuses années ». « Le commerce avec le Japon n’est pas libre et n’est pas réciproque », a-t-il ajouté, soulignant que le Japon « a été gagnant depuis de nombreuses décennies ». L’an dernier, le déficit extérieur des États-Unis avec le Japon se montait à 69 milliards de dollars… Et Trump d’inviter les patrons japonais : « Construisez vos voitures aux États-Unis, au lieu de les exporter ». Sauf que déjà 75 % des véhicules japonais vendus aux États-Unis sont fabriqués sur place où les entreprises japonaises emploient 850 000 salariés…

Diplomatie et militarisme

« Personne, aucun dictateur, aucun régime et aucune nation ne devrait, jamais, sous-estimer la détermination de l’Amérique », a martelé Trump, dès son premier discours, pour vanter l’impérialisme nippon : « Le Japon est une nation guerrière et je dis à la Chine, et je dis à quiconque d’autre, écoute, (…) vous allez vous heurter à un gros problème avec le Japon très bientôt si vous laissez cela continuer avec la Corée du Nord. » Étrange discours du Président d’un pays qui osait prétendre défendre la démocratie et la paix en écrasant le Japon à Hiroshima et Nagasaki !

Aujourd’hui, c’est sans ambiguïté un langage belliciste et nationaliste que tiennent les USA.

Après le Japon, Trump est allé en Corée du Sud, d’abord et en premier lieu sur la base militaire de Camp Humphreys, l’une des plus importantes de l’armée US à l’étranger, qui a été financée à 92 % par l’État sud-coréen. Un symbole où Trump a tenu à souligner que la « patience stratégique » était terminée, imposant à la Corée du Sud l’éventualité de la guerre. 

À travers ce voyage en Asie et autour de l’affaire coréenne, c’est bien l’ensemble des relations politiques entre les grandes puissances qui se négocient : des rivalités et intérêts contradictoires à travers lesquels se mesurent les rapports de forces. La Chine y joue la carte de l’ouverture et du libre-échange face à l’agressivité des USA dont la seule stratégie est militaire et nationaliste. Une menace pour le monde…

Yvan Lemaître 

 

 

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