Trump : « De nouveau gagner des guerres »

Le 28 février dernier, Trump prononçait son premier discours sur l’état de l’Union – en gros, le programme pour l’année à venir – devant les deux chambres du Congrès.

Cérémonie oblige, il a adopté l’attitude dite « présidentielle » pour appeler à l’unité nationale, sans insulte ni agression. Les commentateurs s’en félicitent... sauf que le fond de sa politique reste exactement le même : nationaliste, protectionniste, raciste, militariste, comme ses méthodes provocatrices.

Goldman Sachs au pouvoir

Les maîtres d’œuvre de sa politique, recrutés auprès de Goldman Sachs, s’occupent de mettre en place les volontés de Wall Street toujours euphorique. D’abord, ils lancent un plan de relance chiffré maintenant à 1 000 milliards de dollars d’investissements publics et privés pour des grands travaux censés créer « des millions d’emplois ». Ensuite, ils poursuivent leur politique de dérégulation financière et de mise en place de taxes sur les importations de produits étrangers. Puis, « mon équipe économique est en train de développer une réforme fiscale historique qui va réduire le taux d’imposition de nos entreprises de manière à ce qu’elles puissent affronter la concurrence (...). Dans le même temps nous allons offrir des réductions massives d’impôts à la classe moyenne », dixit Trump.

« Le statu quo est intenable. Pendant trop longtemps, les Américains ont perdu des parts de marché au profit d’autres pays, en partie parce que nos entreprises et nos travailleurs n’ont pas eu de réelle possibilité de se mesurer à la concurrence étrangère », assure sans sourciller l’équivalent américain du ministère du Commerce extérieur (USTR) dans son plan d’action annuel remis au Congrès pour justifier les mesures protectionnistes à venir.

« Il faut enfin appliquer nos lois sur l’immigration », en accentuant la politique déjà menée par Obama. Les surenchères contre les migrants continuent, avec le projet maintenu du mur et le nouveau décret anti-migrants reprenant l’essentiel du premier (recalé par les juges). Dans sa campagne démagogique contre les immigrés, Trump a décidé de créer un bureau spécial pour les victimes de crimes « d’immigration » baptisé VOICE (Victims of immigration crime engagement), une machine de guerre contre les migrants.

Protectionnisme et militarisme

« Nous devons gagner, nous devons commencer à de nouveau gagner des guerres »... Trump veut « une hausse historique » des dépenses du Pentagone pour avoir les moyens de mener des guerres qui ne seront pas que commerciales. Ces 54 milliards de dollars en plus, soit environ 9 %, seraient compensés en particulier par une réduction de l’aide internationale. Ils comprennent 35 milliards de hausse déjà pré-budgétée par Obama, mais ils ont un sens très politique : une propagande militariste et nationaliste pour montrer à la face du monde que l’Amérique entend rester la première puissance mondiale. Ils visent aussi à justifier le choix de ne plus payer « pour la défense de ses alliés », en Europe via l’Otan, ou en Asie via les alliances stratégiques nouées avec des pays comme le Japon ou la Corée du Sud.

Avec 3,3 % du PIB, soit plus de 600 milliards de dollars, le budget militaire des USA est de loin le plus important du monde, près de trois fois plus que la Chine, la deuxième puissance militaire mondiale, et plus de huit fois plus que la Russie. Les fabricants d’armes américains se frottent les mains, et Républicains et Démocrates tombent d’accord...

La main de Moscou ?

Ceci dit, Trump est resté très discret sur les affaires étrangères, si ce n’est pour dire que son rôle n’était pas « de représenter le monde mais de représenter les États-Unis » ! Une prudence qui essaye d’éviter de nouveaux impairs. Et pour cause : après son conseiller à la Sécurité nationale et son ex-directeur de campagne, c’est au tour de Jeff Sessions, le ministre de la Justice, d’être pointé du doigt pour ses contacts avec Moscou. Lors de son audition, il a passé sous silence au Sénat deux entretiens avec l’ambassadeur russe à Washington. Sa démission est demandée.

En réponse, Trump accuse – par tweet – Obama de l’avoir mis sous écoute téléphonique durant la campagne présidentielle. Le tout nouveau style « présidentiel » n’empêche pas les attaques complotistes contre les Démocrates, eux-mêmes enfermés dans les joutes institutionnelles.

Et ce n’est pas d’eux que pourra venir une réelle opposition, mais bien des travailleurs et de la jeunesse.

Yvan Lemaitre

 

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