Trois p’tits tours et puis s’en Valls !

«Entre l’Algérie et la France, c’est toujours un grand ciel bleu », a déclaré le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, non sans ironie. Mais il fallait aller chercher cette déclaration dans la presse algérienne, la visite de Valls le week-end dernier en Algérie ayant été boycottée par les médias français, tous solidaires des journalistes du Monde et de Canal + auxquels le gouvernement algérien avait refusé un visa... pour cause de manque de respect au président Bouteflika dans la couverture des « Panama Papers ».
à cette occasion, les médias français ont redécouvert ce qu’est un refus de visa, une situation que vivent régulièrement des milliers d’AlgérienEs voulant venir en France. Pour dénoncer l’entrave à la liberté d’expression, ils ont choisi le boycott, ce qu’ils ne font pas par exemple avec le roi du Maroc. Ils auraient aussi pu relayer le combat des enseignantEs algériens en marche sur Alger depuis le 27 mars, bloqués depuis le 4 avril près de Boumerdès dans le nord du pays, où ils ont entamé une grève de la faim pour exiger la titularisation des 25 000 contractuelEs et vacataires de l’enseignement secondaire.

Dans le « grand ciel bleu » des relations franco-algériennes, il y a des petits nuages... Valls et sa dizaine de ministres venaient en effet pour signer des partenariats institutionnels (santé, éducation, et bien entendu sécurité) mais aussi des contrats. Car pour le gouvernement français, l’amitié avec l’Algérie s’exprime avant tout en millions. Mais, problème pour l’économie algérienne,les entreprises françaises veulent bien commercialiser, c’est-à-dire vendre leurs produits (6 000 entreprises françaises le font), mais seule 500 entreprises y investissent, trouvant que c’est risqué ou que les conditions ne sont pas assez fructueuses. Pour l’Algérie, l’enjeu est aussi de préparer l’après-pétrole.

Valls est reparti en se félicitant de la signature de trois juteux contrats pour Alstom, Lesieur et Roullier, mais pour Air Liquide, Total ou PSA, il faudra attendre ! Le gouvernement algérien, lui, met la pression pour faire passer sa catastrophique politique d’arrêt de toutes les subventions aux produits de première nécessité (40 % de hausse des prix de l’essence depuis janvier). Mais cela, ni Valls ni les médias français n’ont eu l’occasion de le dénoncer.

Cathy Billard

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