« Tournée africaine » de Macron : arrogance coloniale et défense du pré carré

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Les 28, 29 et 30 novembre, Emmanuel Macron s’est rendu au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana, à l’occasion de ce que d’aucuns ont nommé une « tournée africaine ». Le président français a essayé de jouer la partition de la rupture avec la Françafrique, proclamant notamment qu’il n’y avait plus de « politique africaine de la France ». Vraiment ? 

La mal nommée « tournée africaine » de Macron – comme si le continent africain et ses 1,2 milliard d’habitantEs pouvaient être réduits à une « tournée » de trois jours – a fait l’objet d’une intense communication de l’Élysée : le président aurait « rompu » avec l’attitude de ses prédécesseurs et compris les « nouveaux enjeux » des relations entre la France et les pays africains. 

L’arrogance du colon

Macron a joué la carte générationnelle, avec notamment un discours à l’université de Ouagadougou durant lequel il a déclaré appartenir à une génération « qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé ». Une affirmation qui passe par pertes et profits le fait que, malgré les indépendances formelles, la France maintient depuis des décennies des rapports coloniaux avec un nombre important d’États africains, et qui ne cadre en outre guère avec l’attitude, les paroles et les actes du président français durant les trois jours de sa « tournée ». 

Les saillies arrogantes de Macron à l’université de Ouagadougou ont été maintes fois soulignées, notamment son attitude à l’égard du président burkinabé Roch Kaboré (« Il est parti réparer la climatisation ! »). D’autres sorties tout aussi paternalistes ont rythmé tant son discours que la séance de questions-réponses avec les étudiantEs, entre autres lorsqu’il a cru bon de donner des leçons de féminisme à ces derniers : « Nous devons avoir des jeunes filles et des femmes libres, libres de choisir. Et je le dis pour vous, jeunes hommes qui êtes là, c’est bon pour vous. » 

Une posture en réalité parfaitement raccord avec le fond du discours de Macron qui, sous ses airs « modernes », n’en a pas moins rappelé les fondamentaux de la relation entre la France et ses anciennes colonies. La présence de l’armée française est critiquée ? « Vous ne leur devez qu’une chose aux soldats français : les applaudir ! » On l’interpelle sur cette survivance coloniale qu’est le franc CFA ? « Ça donne de la stabilité monétaire, il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste. » Etc. 

Des paroles… et des actes 

L’un des moments les plus choquants, et les plus révélateurs, de cette intervention aura été la provocation de Macron au sujet des responsabilités de l’Europe, et de la France, quant à la situation tragique des migrantEs, notamment en Libye : « Qui sont les trafiquants ? Ce sont des Africains mon ami ! Et nous les combattons avec vigueur ! Arrêtez de dire que le problème c’est l’autre ! Présentez-moi un passeur belge, français, allemand ou que sais-je encore ! Vous n’en trouverez pas ! » Ignoble façon de nier ses responsabilités et la politique de sous-traitance, par l’UE, des questions migratoires aux États africains, au premier rang desquels la Libye…

Sans même parler des responsabilités premières de la France dans le pillage des ressources du continent africain, et dans le maintien au pouvoir de régimes dictatoriaux, facteurs évidents des déplacements de population. On notera d’ailleurs que Macron a été capable de prôner un « développement africain », de vanter les créations de start-up « locales » et, « en même temps », de poser la première pierre du métro d’Abidjan, financé par un prêt français et attribué à des entreprises françaises (Bouygues, Keolis et Alstom). 

On est donc bien loin, au final, de la « rupture » annoncée. Et l’on ne peut qu’abonder dans le sens de Thomas Borrel, porte-parole de Survie : « Emmanuel Macron a volontairement éludé certains aspects essentiels de la politique franco-africaine comme le franc CFA ou la coopération militaire avec des dictatures, promu le rôle du secteur privé français et défendu une posture de prétendue neutralité vis-à-vis des dirigeants illégitimes qui s’accrochent au pouvoir. » En somme, malgré les postures, la Françafrique, ce n’est pas du passé. 

Julien Salingue 

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