Syrie : La guerre contre le peuple continue

Alors que Washington et Moscou poussent à la mise en place d’un prétendu cessez-le-feu, la Syrie a connu une nouvelle semaine meurtrière à l’initiative des différentes forces contre-révolutionnaires.

L'étau du régime d’Assad et de ses alliés continue de se resserrer sur les zones libérées d’Alep et d’autres régions, pendant que le pouvoir turc mène sa guerre contre les Kurdes et que Daesh continue ses exactions.

Alep sous le feu des attaques du régime et ses alliés

La trêve censée entrer en vigueur le 19 février suite à un accord international parrainé par Moscou et
Washington a été complètement ignorée, en premier lieu par le régime de Damas et ses alliés. Dans la province d’Alep, les forces d’Assad, du Hezbollah et des milices chiites soutenues par l’Iran, continuent d’avancer avec l’aide des bombardements écrasants de l’aviation russe. Des organisations populaires tentent d’acheminer de l’aide aux régions libérées d’Alep avant que ces dernières, comme d’autres, ne soient complètement isolées.

Les discussions entre les États-Unis et la Russie pour parvenir à un accord provisoire de cessez-le-feu semblent donc bien illusoires pour les populations locales… D’autant plus que le dictateur Assad a déclaré le 20 février que les conditions d’un cessez-le feu sont que les « terroristes » n’utilisent pas cette « accalmie » pour poursuivre leur lutte et qu’ils n’aient plus aucun soutien extérieur. Mais depuis le début du soulèvement, le régime de Damas considère toutes les personnes qui luttent contre lui comme des « terroristes » !

La Turquie, le PYD et l’opposition syrienne

En même temps, le gouvernement turc de l’AKP continue de bombarder au nord dans les provinces d’Alep et d’Afrin les zones contrôlées par les YPG/PYD et certaines brigades de l’ASL, alliées dans les Forces démocratiques syriennes (FDS)1, faisant des victimes civiles et des dizaines de blessés. Erdogan refuse de voir s’étendre les forces militaires kurdes tout au long de sa frontière. Celles-ci se sont en effet emparées de localités qui étaient contrôlées par des brigades d’islamistes et de l’ASL dans le nord de la province d’Alep, non loin de la frontière turque.

Drames de plus dans cette situation, le PYD et la Coalition nationale syrienne trouvent des éléments pour s’accuser mutuellement de collaborer avec les oppresseurs des populations locales, ou de rester muets face à leurs exactions :
certains impérialismes occidentaux, Turquie et monarchies du Golfe pour les uns, régime d’Assad, Russie,
états-Unis et pouvoirs fondamentalistes chiites pour les autres. Les politiques de leadership de ces deux entités devront bien être remises en cause pour pouvoir réaliser à la base l’unité des peuples de Syrie, notamment arabes et kurdes, sur la base d’un programme démocratique et inclusif, ainsi que pour faire face aux contre-révolutions du régime Assad, des forces islamistes fondamentalistes, et de l’impérialisme des grandes puissances.

Les attentats meurtriers de Daesh

Plus de 150 personnes ont été tuées dans une série d’attentats revendiqués par les djihadistes de Daesh dans des zones tenues par le régime dimanche 21 février. Le quartier de Zahra dans la ville de Homs et le quartier chiite de Sayeda Zeinab à Damas ont été frappés par des attentats sanglants provoquant respectivement la mort de 59 et 120 personnes, en plus des centaines de blessés. Daesh continue aussi à harceler des forces de l’ASL dans la province d’Alep, qui sont affaiblies par les attaques du régime et les bombardements russes. La barbarie de Daesh et du régime de Assad sont toujours les deux faces d’une même pièce !

Mélenchon, la trahison d’un peuple en lutte

En France, Jean-Luc Mélenchon a apporté son soutien à l’intervention militaire russe : « Je pense que Vladimir Poutine va régler le problème » et qu’« il faut rétablir l’ordre et l’ordre passe par le fait que l’on élimine Daesh de là ». Il a également ajouté que « les rebelles civilisés sont en ultra-minorité »… On ne peut qu’être consternés que Mélenchon apporte ainsi son soutien à un ordre dictatorial et criminel, et méprise à ce point le peuple syrien en assimilant la grande majorité d’une population qui lutte ensemble avec ses multiples composantes pour ses libertés, aux forces fondamentalistes de Daesh et de Jabhat al-Nusra.

Pour nous, l’internationalisme c’est d’abord l’arrêt de tous les bombardements et sièges des villes, l’aide aux populations civiles sur place et en exil, la libération des prisonniers politiques, et une solution politique qui implique la liberté et la justice en Syrie comme en Turquie.

Joseph Daher

 

 

  • 1. Le mouvement armé des Forces démocratiques syriennes (FDS) est très largement dominé par les Unités de protection du peuple kurde (YPG) crées par le PYD, correspondant du PKK en Syrie. Le FDS est composé de groupes kurdes, syriaques et de brigades de l’ASL (comme l’armée des révolutionnaires « Jaysh al-thuwar »). Il a été créé en octobre 2015 pour fournir une couverture juridique et politique pour un soutien militaire américain au PYD en Syrie. Les États-Unis ont décidé depuis cet été de soutenir le PYD, après leur échec à former des bataillions de l’ASL uniquement prêts à combattre Daesh. L’administration Obama considère le PYD comme l’acteur le plus apte à combattre cet ennemi pour eux principal. Ils espèrent que d’autres groupes de l’ASL rejoindront le FDS, mais les politiques du PYD, notamment de non-conflit avec le régime Assad, de soutien tacite à l’intervention russe en Syrie, et parfois des exactions commises contre des civils arabes, empêchent un lien de confiance de s’établir.

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