Syrie : Assad et ses alliés assassinent la Ghouta

Le 12 mars, Mediapart publiait plusieurs témoignages d’habitantEs de la Ghouta, en Syrie, recueillis trois jours plus tôt. Nous en publions des extraits qui donnent une idée de l’ampleur du massacre en cours, et invitons nos lecteurEs à les consulter dans leur intégralité sur le site de Mediapart. 

Admad Boukayi, chirurgien : 

« La Ghouta vit ses jours les plus sombres depuis le début de la Révolution en 2011. Il y a un accroissement des bombardements ces derniers jours : ils sont continus et directs. Nous vivons dans un état de destruction et de terreur jour et nuit. Après 20 jours de bombardements, nous en sommes à 900 morts et plus de 6 000 blessés. La plupart sont des habitants, des civils, dont les maisons se sont effondrées sur eux à cause des bombardements. »

Zouhair al-Nomr, membre du conseil local de Kafarbatna :

« Après un premier bombardement, le régime attaque souvent une seconde fois, avec des bombes incendiaires ou au chlore, pour être sûr de détruire les abris. Parfois, si les sous-sols sont encore accessibles, nous continuons à les utiliser. Il n’y a généralement aucune ventilation adéquate, mais quand il y en a, nous bouchons les ouvertures avec de la terre pour éviter le feu et les gaz chimiques. Nos abris ne sont pas suffisants pour tout le monde. Généralement, dans un sous-sol de 60 mètres carrés, nous avons 80 personnes. La plupart des abris sont privés de toute installation élémentaire : il n’y a pas de toilettes, pas d’eau, pas d’électricité. »

Ayman Issa, médecin urgentiste : 

« Le régime cible spécifiquement les centres médicaux, de même que toutes les structures des services de la Ghouta : les écoles, les lieux de rassemblement, les centres de soins, les ambulances, même la nuit. Nous en sommes souvent réduits à transporter les blessés avec nos bras, à la fois pour éviter d’être ciblés, mais aussi pour pouvoir franchir les rues jonchées de débris. »

Admad Boukayi :

« Dans les hôpitaux, on nous amène des morceaux de corps : la plupart des victimes sont des gens dont l’immeuble s’est effondré sur eux, parce qu’ils étaient dans leur appartement ou dans les abris en sous-sol. La situation médicale est catastrophique. Il y a une terrible pénurie de moyens médicaux. C’est une grande souffrance pour nous médecins de voir des victimes mourir parce que nous ne pouvons les soigner. Nous perdons beaucoup de gens simplement parce que nous n’avons pas les équipements médicaux ou les médicaments nécessaires. Nous avons du mal à travailler car les centres médicaux sont constamment pris pour cible. Nous perdons sans cesse des médecins et des infirmiers. Nous restons parfois vingt heures d’affilée dans les salles d’opération. »

Hamer, journaliste citoyen et correspondant de médias étrangers :

« Nous essayons de témoigner, mais souvent nous sommes interrompus dans notre travail pour secourir des gens. L’autre jour, je n’arrivais pas à aider des gens qui étaient pris dans les décombres et j’en ai pleuré. Je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer. Tous les journalistes qui travaillent et essaient de témoigner sont victimes de ciblages spécifiques. J’ai échappé à trois reprises à des bombardements. Il n’y a aucun espace sécurisé pour travailler dans toute la région de la Ghouta. »

L’intégralité des témoignages sur Mediapart.

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.