Syrie : Afrin aux mains de l’armée turque et des djihadistes

Deux mois après avoir lancé sa sanglante offensive contre Afrin, Erdogan pavoise en déclarant que la ville est désormais sous le contrôle de son armée.

Le district d’Afrin est une petite province du nord de la Syrie, frontalière avec la Turquie.

Sa population est en majorité kurde mais bien sûr comme dans le Moyen-Orient, de nombreuses autres ethnies, Turkmènes, Tcherkesses, Syriaques y cohabitent pacifiquement. Dès le début de la mise en place de la Fédération autonome du nord de la Syrie (Rojava), la population d’Afrin a choisi de la rejoindre, devenant le 3e canton, avec celui de Cizre et celui de Kobané. 

Cette région est restée à l’écart des conflits violents qui se déroulaient à quelques dizaines de kilomètres, autour d’Idleb et à Alep en particulier, ce qui a provoqué un énorme afflux de réfugiésE, au point de doubler pratiquement sa population. TouTEs ces réfugiéEs ont été accueillis et aidés, au mieux de leurs moyens, par le gouvernement autonome et les habitantEs, sans aucun soutien de la « communauté internationale ».

Une offensive annoncée

Le 20 janvier 2018, le président turc Erdogan lançait son armée contre la province d’Afrin, avec l’aide de brigades djihadistes de l’ASL, affirmant que 3 heures ou 3 jours plus tard, il serait dans sa capitale éponyme, Afrin. Et même si la résistance a duré plus de deux mois, le combat était trop inégal : d’un côté la deuxième armée de l’OTAN, équipée des dernières technologies, des tanks dernier modèle vendus par l’Allemagne, forte de ses F16 qui pilonnent les villes et les villages tous les jours, épaulée par des brigades djihadistes. De l’autre des milices populaires, équipées d’armes légères.

La signature de gros contrats avec la Russie, en particulier celui d’un gazoduc pour acheminer le gaz russe, a contribué à acheter la passivité des Russes face à l’intervention massive des F16 turcs sur le sol syrien. Quant aux Étatsuniens, qui utilisent les YPG/YPJ et FDS sur le terrain pour venir à bout de l’État islamique, ils hésitent à condamner la Turquie, leur seul allié et le seul membre de l’OTAN dans la région.

Contrôle des médias

En Turquie, journaux et télévisions fermés, des centaines de journalistes emprisonnés, certains étant même récemment condamnés à la prison à perpétuité sur la base d’un débat télévisé, les médias ont garanti à Erdogan une couverture de son attaque sans la moindre critique. Les médias étrangers ne sont pas mieux lotis. Ils ne peuvent commenter les événements que  strictement supervisés par des interprètes de l’armée, sans autre information que celle fournie par l’armée turque. 

La hantise du gouvernement d’Erdogan est la constitution d’une continuité territoriale entre les 3 cantons de la Fédération autonome du nord de la Syrie, qu’on appelle aussi le Rojava. Le mur de 500 kilomètres de long qu’il a fait construire à sa frontière ne lui suffit pas. La perspective à plus long terme, c’est l’annexion d’une partie du territoire syrien. Elle a déjà commencé à Jarablous et al-Bab, villes syriennes qui ont maintenant des bureaux de postes turcs, des écoles enseignant le programme turc. Mais il ne cache pas son projet d’annexer une grande partie du nord de la Syrie, la région d’Idleb où ont été regroupées les milices djihadistes qu’il finance, mais surtout Alep, une ancienne capitale de l’empire ottoman..

Le silence d’Assad et de la « communauté internationale »

C’est le territoire syrien qui est envahi, mais Assad ne dit rien. Certes, il est très occupé à écraser la Ghouta. Ce n’est sans doute pas la seule raison : le Rojava, c’est une Syrie sans la dictature d’une ethnie ou d’une caste, où tout le monde, homme, femme, jeune, vieux, quelle que soit sa religion bénéficie des mêmes droits, un projet très dérangeant pour son régime. Alors Assad se tait.

Quant à la « communauté internationale », ses intérêts sont divers, qui vont des négociations de l’Europe avec Erdogan pour qu’il retienne les réfugiéEs, au soutien à Assad pour les Russes, en passant par la politique imprévisible des USA : le résultat est un lâchage honteux de la population d’Afrin. 

L’armée turque est entrée dans la ville dont le gouvernement autonome a décidé d’évacuer les civils, pour éviter les viols et les décapitations de masse. Les milices djihadistes ont dû se contenter de pillages. Mais Erdogan ne s’arrêtera pas là, et la population du Rojava ne pourra compter que sur sa détermination et la solidarité des peuples pour empêcher le massacre annoncé.

Mireille Court 

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.