Surenchères guerrières

On dit que l’histoire est pleine d’enseignements. Mais selon que l’on est « d’en haut » ou « d’en bas », quel sens leur donne-t-on ? Ainsi, nos gouvernants de droite ou de gauche ne peuvent ignorer que les interventions armées dans les pays portant les stigmates de la colonisation, menées au nom de la « lutte contre le terrorisme », de la « stabilisation » ou de la « restauration démocratique », ont toutes les chances d’aboutir à l’effet inverse...

L’Afghanistan ou l’Irak en sont des exemples récents marquants. Pourtant, à la sortie du Conseil de défense vendredi 22 juillet, le président déclarait : « J’ai pris la décision, dans le cadre de la coalition anti-Daesh, de mettre à la disposition des forces irakiennes des moyens d’artillerie. Ils seront sur place le mois prochain. (...) Le porte-avions Charles-de-Gaulle sera déployé fin septembre dans la région pour intensifier les frappes en Syrie et en Irak avec nos avions Rafale. » Mais « Il n’y aura pas de troupes françaises au sol. »

Un attentat organisé par un individu en France vaudrait donc une riposte militaire de plus au Moyen-Orient ou en Afrique ? Des pays ravagés par le néolibéralisme, le népotisme et les dictatures sont l’objet d’opérations guerrières approfondissant de fait la catastrophe, avec des « dégâts collatéraux » qui ne font qu’amplifier la rage des populations locales. Entre 60 et 200 civils tués lundi 18 juillet par un bombardement aérien dans le village syrien de Touhar, près de Minbej, qui subit depuis deux mois un feu roulant contre Daesh, mais où la population civile est piégée... Au moins 1 500 civils tués par des bombardements de la coalition menée par les USA en Irak et Syrie depuis 2014, selon l’ONG Airwars, cela pendant que des pouvoirs locaux honnis sont, eux, protégés.

Le lendemain des nouvelles annonces de Hollande, des manifestations commençaient en Libye contre la présence de soldats français dans le pays, présence illustrée par la mort de trois sous-officiers... venus prêter main forte à un général local ne reconnaissant pas le gouvernement de compromis pourtant soutenu par les autorités françaises ! Absurde ? Non, pousser les populations les unes contre les autres, exacerber les tensions et les divisions, c’est toujours la logique des puissants quand ils sont contestés !

Jacques Babel

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.