Soulèvement contre le racisme policier à Minneapolis : « Cette fois, le feu »

En 1963, l’écrivain noir James Baldwin a titré ses réflexions sur l’oppression raciale The Fire Next Time. Le feu arrive et seule une réorganisation de la société étatsunienne pourra calmer les flammes de protestation qu’elle a produites. Les soulèvements de Minneapolis et les manifestations à travers les États-Unis, y compris devant la Maison Blanche, qui ont suivi le meurtre par des policiers blancs de George Floyd, un homme noir de 46 ans, et l’hésitation du procureur à mettre immédiatement en garde à vue les flics, qui ont été la goutte d’eau qui a fait déborder la vase.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19 et la crise économique qui l’accompagne, les chiffres de mortalité indiquent de fortes inégalités entre, d'une part, les Blancs et, d'autre part, les Noirs et Latinos. Les cas de violences policières nous rappellent que la double crise n’a fait partir ni la violence policière, ni les inégalités galopantes de classe et de communauté, exacerbées par des politiques néolibérales.

Le meurtre de Floyd s’est déroulé peu après deux autres cas de racisme très médiatisés qui, chacun à son tour, ont révélé un aspect du racisme structurel au sein de la société étatsunienne. Ce meurtre n’est que le dernier d’une série, mise en lumière depuis la mort de Michael Brown en 2014.

Des assassinats racistes

En Géorgie, un État du sud profond, trois vigilantes1, dont un père ex-flic et son fils, se sont arrogé le droit de réaliser une « arrestation citoyenne » d’un jogger noir soupçonné (par eux ) d’avoir commis une cambriolage dans le quartier. Ce n’est qu’après la mise sur internet, des semaines plus tard, d’une vidéo prise par un troisième vigilante blanc que les trois ont été mis en examen. La coordination évidente entre racistes et forces de l’ordre n’a rien de neuf. En 1964, en plein mouvement de droits civiques, trois militants antiracistes, deux blancs et un noir, ont été enlevés et tués dans l’État du Mississippi par des activistes du Ku Klux Klan et des policiers locaux.

Quelques jours avant le meurtre de George Floyd, à Louisville, dans l’État du Kentucky, Breonna Taylor, une femme noire, travailleuse de la santé, était au lit avec son copain quand des flics en civil ont fait irruption dans son appartement, la tuant et arrêtant son ami. Les policiers s’étaient trompé d’adresse !

Une réaction massive contre les conséquences du capitalisme néolibéral

Les manifestations se sont répandues partout parce que beaucoup de villes ont leur propre George Floyd : Rodney King à Los Angeles, Eric Garner à New York, Trayvon Martin en Floride, Dontre Hamilton à Milwaukee, et bien d’autres.

Tandis que les immigréEs et les couches populaires les plus démuniEs sont souvent cantonnés dans les banlieues des villes françaises comme Paris, Marseille et Lyon, ce sont les centres-villes aux États-Unis où se trouvent les populations noires, latinos et populaires, subissant le manque de capital, l’austérité, le manque de ressources scolaire, de loisirs et d’emplois.

Les médias et les porte-parole des Républicains et Démocrates font la morale aux habitants des quartiers noirs pour les dommages subis par les magasins dans les quartiers concernés. Mais les vrais dommages sont les conditions de vie créées par des décennies d’apartheid, les politiques d’austérité et néolibérales.

Les outrances racistes policières qui ont déclenché les manifestations et la colère qu’on voit dans les rues des États-Unis sont le fruit de quatre cents ans d’oppression raciale. Elles sont inséparables et font partie de la structure même du capitalisme étatsunien. La solution se trouve donc dans les changements sociaux de grande envergure. D’ici là, nous revendiquons la fin de racisme policière et la protection des communautés victimes par de telles violences.

Milwaukee, le 30 mai. Intertitres de la rédaction.

  • 1. Vigilantes en anglais, parfois traduit par justicier, en réalité membres de groupes d’autodéfense armés

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