Soudan du Sud : La famine enrichit les dirigeants

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La guerre civile continue de sévir, près d’un tiers des populations ont dû fuir leur foyer pour échapper aux exactions des troupes gouvernementales ou rebelles. Si  l’ONU annonçait le 21 juin la fin de l’état de famine, cette déclaration ne signifie pas une quelconque amélioration de la situation.

Après une guerre de plusieurs décennies, le Soudan du Sud obtenait, avec le soutien des États-Unis, son indépendance en quittant le giron du Soudan. À peine deux ans plus tard, une guerre éclatait entre les deux principales factions du nouveau pouvoir dont le motif principal reste la prédation des richesses du pays, le pétrole, mais aussi l’or, sans parler du fort potentiel de terres arables.

Le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, désormais en exil en Afrique du Sud, se livrent une guerre sans merci, n’hésitant pas, l’un comme l’autre, à activer des haines ethniques qui rendent le conflit encore plus violent et dangereux.

Guerre et famine

La fin de l’état de famine proclamé par l’ONU ne doit pas faire illusion. En effet, c’est avant tout le résultat d’une mobilisation des organisations humanitaires, qui reste forcément précaire et est mis en danger par le développement de la guerre civile.

L’agence alimentaire de l’ONU, la FAO, notait que 2016 était pour le Soudan du Sud une bonne année sur le plan du climat : les pluies ont été généreuses et sont arrivées au bon moment dans la plupart des régions du pays 1. Mais le conflit a achevé de transformer le pays de « grenier à blé » en terre de désolation. Actuellement, près de 67 % de la population est en état de crise alimentaire plus ou moins grave selon les régions. L’hyperinflation de 480 % et la multiplication par dix du prix des céréales empêchent la grande majorité de la population de se nourrir correctement.

Salva Kiir n’a d’autres projets que de vaincre militairement les troupes de son rival, et n’hésite plus à militariser les conflits entre les communautés, en associant toute une série de groupes armés qui sévissent localement. Un rapport d’experts de l’ONU montre que l’essentiel du budget du pays passe dans l’achat des armes et sert à financer les miliciens qui, comme les soldats gouvernementaux, se rendent coupable des pires atrocités sur les populations civiles2.

Sanctions

L’état du Soudan du Sud est tel que la perspective d’un éclatement du pays reste hélas la plus crédible, car de plus en plus, la seule solution pour survivre est de s’intégrer dans une milice.

Si cette situation est désastreuse pour l’immense majorité de la population, elle permet à quelques-uns de s’enrichir. Ainsi, une ONG étatsunienne a dénoncé le cas du général Malek Reuben Riak, chef d’état-major adjoint de l’armée, qui utilise ses fonctions pour s’enrichir en lien avec des compagnies minières régionales3. Un exemple parmi d’autres4 qui pousse les organisations de défense des droits humains à exiger des sanctions financières pour les fauteurs de guerre.

Paul Martial