Sauver les migrantEs en Méditerranée : un devoir absolu d’humanité

Pendant plusieurs semaines, deux bateaux ayant secouru des migrantEs en Méditerranée sont restés en pleine mer, faute de pays acceptant de les accueillir. Un scandale qui en dit long sur le caractère criminel des politiques anti-migratoires européennes. 

Le Sea-Watch 3 avait secouru 32 migrantEs le 22 décembre au large de la Libye, dont trois enfants, tandis que le Sea Eye transportait quant à lui 17 migrantEs. Ces deux navires d’ONG allemandes avaient été autorisés à s’abriter du mauvais temps dans les eaux maltaises, mais l’accord de « répartition » en vue d’un débarquement des migrantEs a pris du temps car Malte exigeait d’y inclure 249 autres migrantEs que ce tout petit pays méditerranéen avait secourus et accueillis ces derniers jours. 

Cynisme des dirigeants de l’UE

Pendant deux semaines, les migrantEs venus de Libye, épuisés, sous-alimentés, ont été soumis à un stress terrible, à des conditions sanitaires désastreuses, plusieurs personnes menacées de déshydratation. Les dirigeants européens ont perdu des heures, des jours précieux dans des discussions cyniques, pour savoir combien de personnes chaque pays était prêt à accueillir. La Hongrie de Orbán a appellé à « l’éradication de tous les facteurs qui contribuent à attirer des migrants vers l’Europe ». Quand à Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur (extrême droite), largement à l’origine de ces situations de blocage systématiques, il défend une position intraitable, interdisant tout sauvetage et toute entrée de migrantEs sur le territoire, même si les gardes-côtes italiens continuent, en réalité, d’opérer des sauvetages, et même si des maires courageux de villes comme Palerme bravent l’interdit en ouvrant le port et la ville aux réfugiéEs. 

Sous la pression de ces pays et de la montée des partis d’extrême droite anti-migrantEs, les autres pays européens dont la France veulent se décharger de l’accueil. La France, contrairement à l’Italie, l’Espagne ou Malte, n’a jamais ouvert ses ports aux migrantEs secourus au large de la Libye. On se souvient de l’Aquarius, qui avait été obligé lui aussi de rester en mer, et qu’aucun port français n’avait autorisé à accoster. Rappelons-nous aussi que l’Aquarius est aujourd’hui interdit de navigation et stationne dans le port de Marseille.

Des scènes honteuses

Enfin, mercredi 9 janvier, les 49 migrantEs bloqués ont débarqué à Malte après un accord pour les répartir dans huit autres pays européens. Près de 180 personnes seront réparties entre l’Allemagne et la France, qui en accueilleront chacune 60, mais aussi le Portugal, l’Irlande, la Roumanie, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Italie. Parallèlement, 44 Bangladais du groupe déjà présent à Malte seront renvoyés dans leur pays, La Valette estimant qu’ils n’ont pas de motif pour y demander l’asile. Au final, 78 des migrantEs du premier groupe resteront à Malte, le plus petit pays de l’UE avec 450 000 habitantEs.

L’UE refuse d’établir un règlement durable accordant la priorité absolue au sauvetage des vies humaines. Cela signifie que l’on va revoir ces scènes honteuses, avec des migrantEs, arrivés aux portes de l’Europe au prix de mille dangers, que l’on refuse de sauver ! La seule solution est l’établissement de la liberté de circulation et d’installation, avec l’assurance d’un accueil digne pour touTEs les réfugiéEs.

Commission migrations-antiracisme

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