Salah Hamouri : « Le système de contrôle dans les prisons israéliennes est de plus en plus dur »

Entretien. Une semaine après sa libération, au terme de 13 mois d’emprisonnement, nous nous sommes entretenus avec notre camarade Salah Hamouri.

Comment vas-tu, une semaine après avoir quitté la prison ? 

C’est une très bonne chose d’être dehors, d’être libre. Je suis content d’être hors de la prison. Ça fait du bien de retrouver Jérusalem, les amis, d’être libre, de pouvoir bouger, de pouvoir sortir, de pouvoir commencer à mener à nouveau une vie « normale », enfin « normale » comme en Palestine… Mais il y a quelque chose qui manque. Je sens qu’il y a quelque chose qui manque. La moitié de la famille n’est pas là, ma femme et mon fils n’ont toujours pas le droit de venir, et c’est difficile de ne pas profiter de ma liberté avec eux. 

J’ai vu que tu avais été interrogé par les renseignements dès ta sortie de prison…

Oui, le jour où je suis sorti de la prison, les gens du renseignement israélien m’attendaient. Ils m’ont emmené jusqu’à Jérusalem pour me dire qu’ils m’interdisaient, pendant 30 jours, d’être présent dans des manifestations, des endroits où il y a des drapeaux palestiniens, des lieux où l’on parle politique contre l’occupation… Bref, de bien me tenir, et de me faire comprendre que je restais sous surveillance.

Quel est leur objectif, d’après toi ? 

Les Israéliens ont un but : que je parte, que je quitte la Palestine. Les renseignements me l’ont dit directement : « Pourquoi tu restes là ? Quitte la Palestine, va vivre en France, tu seras tranquille. Tant que tu resteras ici, tu vas avoir des problèmes. » 

Et que leur réponds-tu ?

Que je veux vivre ici avec ma famille, que c’est un droit, mon droit, notre droit. C’est mon droit comme Palestinien, mais aussi comme Français. Et la France devrait défendre notre droit à vivre ici, comme une famille. Et on n’a toujours pas de nouvelles des autorités françaises à ce sujet-là, tout reste bloqué.

Comment s’est passée ta détention, notamment en comparaison de la première fois où tu avais été emprisonné ?

J’ai trouvé que c’était plus dur que la première fois. Quand tu es en prison et que tu as une famille, un fils et une femme que tu ne peux pas voir, ce qui n’était pas mon cas la première fois, c’est dur. En plus, revoir des gens que j’avais quittés lors de ma libération il y a 7 ans, les voir toujours enfermés, au même endroit, c’est difficile… 

Plus généralement, je trouve que le système de contrôle israélien dans les prisons est de plus en plus dur. Je ne sais pas si on peut parler de torture physique, car c’est surtout psychologique. Il n’y a pas besoin qu’ils soient présents, qu’ils soient là, pour que ça laisse des traces en toi. Ils veulent nous faire sentir qu’on est seuls, isolés, coupés du monde.

Et en plus de tout ça, ils te font bien sentir que tu dois bien te tenir, être un bon prisonnier, t’auto-contrôler. Il y a des caméras, on se sent sous surveillance, dans certaines prisons ils ont même trouvé des micros dans les cellules… C’est l’esprit, c’est la psychologie qui est visée. Quand tu prends un coup, au bout de quelques jours les traces s’en vont. Quand c’est dans ton esprit, il faut vraiment être très fort pour pouvoir résister et tenir…  

Quelles nouvelles avais-tu de l’extérieur ?

Mes parents m’ont tenu au courant de ce qui se passait, de la campagne importante qui a eu lieu en France pour ma libération. Ça me faisait chaud au cœur, vraiment. Et c’est important pour les autres prisonniers aussi, ils me posaient plein de questions sur ces campagnes, ces militants qui se bougeaient en France, etc. Et quand je leur en parlais, ils se sentaient moins isolés, ils voyaient que les prisonniers palestiniens, des gens s’y intéressent. C’est aussi pour ça qu’elles sont très importantes ces campagnes. 

Propos recueillis par Julien Salingue 

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