Russie : Contre l’interdiction du syndicat interrégional de l’automobile (MPRA)

Le 10 janvier dernier, un tribunal de Saint-Pétersbourg a tranché dans le sens de l’interdiction d’un syndicat de l’automobile dont la combativité dérange les milieux gouvernementaux et patronaux depuis une dizaine d’années. 

Il s’agit du MPRA (Syndicat interrégional « Association ouvrière »). Ce regroupement de syndicats de l’automobile est certes de taille modeste : avec quelque 4 000 adhérentEs, il n’arrive pas à la cheville de la grosse machine de la Fédération officielle FNRP qui en déclare 20 millions. Mais à la différence de cette dernière qui se contente de gérer des œuvres sociales, il se revendique de la « lutte de classe », et s’est illustré par son rôle dans des grèves.

Petite taille mais forte réputation

Le MPRA s’est fait connaître à l’occasion d’une grève qui a eu lieu à l’automne 2007 à l’usine Ford de Vsevolojsk (un peu plus de 2 000 salariéEs), dans la région de Saint-Pétersbourg. La combativité des piquets de grève quotidiens, malgré l’envoi par la direction de forces policières, a été remarquée, aussi bien en Russie qu’à l’extérieur du pays. Le constructeur étatsunien a dû augmenter les salaires et mieux rémunérer les heures supplémentaires. 

Et l’exemple a été contagieux. D’autres structures syndicales indépendantes de l’automobile ont alors rejoint le MPRA : le syndicat Edinstvo (Unité) de l’usine AvtoVaz de Togliatti sur la Volga, le syndicat d’une usine Renault de Moscou, le syndicat d’une usine Volkswagen de Kalouga, et d’autres se sont créés. 

Malgré la crise de 2008 et les licenciements qui ont suivi, quelques bras de fer, entre un prolétariat généralement jeune et les multinationales occidentales de l’automobile quasiment toutes implantées en Fédération de Russie, ont continué à marquer l’actualité. En mars-avril 2012, une grève a eu lieu chez Benteler Automotive, dans la région de Kalouga ; en 2015, des grèves et manifestations ouvrières importantes chez AvtoVaz (groupe détenu à un peu plus de 50 % depuis 2014 par Renault-Nissan-Mitsubishi). Dans une interview accordée à Euronews en 2012, un militant du MPRA déclarait : « Aujourd’hui nous sommes dans un système qui comporte tous les attributs du capitalisme, y compris la lutte des classes ! »

Les prétextes à l’interdiction

Les juges au service de Poutine ont procédé en deux temps : d’abord déclarer que les activités du MPRA ne seraient pas syndicales mais politiques ; et forts de cette farce, assimiler l’organisation à une ONG financée par l’étranger, ce qui la met sous le coup d’une législation récente de Poutine. Une petite Confédération du travail de Russie (KTR), qui se flatte d’être indépendante du pouvoir, a protesté et y voit une menace pour tout le mouvement syndical. Quelles structures syndicales, effectivement, n’ont pas de liens et d’aides à l’échelle internationale ? Les responsables du MPRA ont fait appel du jugement d’interdiction. 

Quelques médias russes ont fait état de ce nouveau fait d’armes des hommes de Poutine. Le comble, comme le soulignent dans un communiqué de protestation les camarades du groupe RCD (liés à la IVe Internationale), c’est de vouloir liquider ou intimider, sous prétexte qu’il serait une « agence à la solde de l’étranger », un syndicat qui combat en premier lieu l’exploitation des travailleurEs russes par les grandes firmes automobiles mondiales.

Michelle Verdier

 

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