Roumanie : raz-de-marée populaire contre la corruption

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Des manifestations monstres dans toutes les villes de Roumanie ont obligé le gouvernement à capituler. Le soir du samedi 4 février, le Premier ministre a annoncé l’abrogation du décret scandaleux qui avait fait descendre dans la rue les Roumains, de plus en plus nombreux depuis le 11 janvier dernier.

Revenu au pouvoir en décembre 2016 après en avoir été chassé un an plus tôt suite au terrible incendie qui avait fait 64 morts dans une discothèque où les normes de sécurité n’étaient pas respectées, le Parti social-démocrate voulait faire passer en douce, par décret, un allègement du code pénal sur les délits liés à la corruption. Un petit arrangement qui aurait permis, entre autres, au principal dirigeant de ce parti, Liviu Dragnea, d’être blanchi. Déjà condamné à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale, il passe en outre depuis le 31 janvier en procès pour une affaire d’emplois fictifs portant sur 180 000 lei, un peu moins de 40 000 euros et donc bien loin des 900 000 euros des Fillon... Le décret prévoyait opportunément un seuil minimum de 200 000 lei en-deçà duquel les politiciens pouvaient faire leurs petites magouilles sans être inquiétés par la justice...

Mais leur plan a raté : les Roumains s’en sont mêlés, furieux d’être une fois de plus floués et humiliés, descendant dans la rue par centaines de milliers. Le gouvernement espérait en être quitte après l’abrogation du décret, mais les manifestations ont redoublé. Le voilà donc maintenant qui crie au complot et aux atteintes à la démocratie, se revendiquant de sa victoire aux législatives... où 60 % de la population se sont abstenus !

Cela fait des décennies que la corruption sévit en Roumanie, un des pays les plus pauvres d’Europe quel que soit le régime (monarchie, dictature fasciste, dictature stalinienne et « démocratie » néolibérale). Il faut dire que le pays est l’eldorado des multinationales, en particulier françaises : Renault (17 000 salariés), Engie (ex-GDF-Suez, 4 000 salariés), Airbus, Areva, AXA... Les salaires y sont bas – le salaire minimum brut est à 320 euros, alors que le coût de la vie est presque aussi élevé qu’en France –, la main-d’œuvre qualifiée, et une loi encore plus réactionnaire que la loi travail a été adoptée en 2011. Voilà qui vaut bien quelque complaisance à l’égard des pouvoirs en place !

Galia Trépère 

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