Pour les droits démocratiques, contre l’extradition d’Assange !

Jeudi 11 avril, Julian Assange, co-fondateur de Wikileaks, a été arrêté par la police britannique à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il jouissait de l’asile politique depuis 2012.

 

Julian Assange ne pouvait pas quitter l’ambassade pour se rendre en Équateur, car il risquait d’être arrêté par les autorités britanniques sur le trajet vers l’aéroport. Il a donc vécu durant 7 ans dans une pièce de 20 m2, avec des conditions de vie de plus en plus dégradées. Sa détention a été jugé « arbitraire » par le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire. En outre, le nouveau pouvoir en Équateur a coupé ­Assange de presque tous ses contacts, cherchant à le détruire physiquement et psychologiquement.


Une arrestation injustifiée
Sa demande d’asile de 2012 était survenue dans un double contexte. D’une part, un mandat d’arrêt émis par la Suède « à des fins d’interrogatoire » dans le cadre de deux accusations d’agression sexuelle et de viol, accusations qui ont aujourd’hui été abandonnées par la justice suédoise pour prescription et absence d’éléments complémentaires pour faire avancer l’enquête. Julian Assange avait alors été arrêté dans un premier temps par la justice britannique dans le cadre de cette affaire, puis libéré sous caution.
D’autre part, des menaces d’arrestation par les États-Unis dans la foulée des révélation par Wikileaks, en 2010, sur les exactions commises par l’armée américaine en Afghanistan et en Irak.
Les risques de collaboration entre les polices britannique et US étant très fortes et les peines encourues par Julian Assange aux États-Unis étant très importantes (pouvant aller jusqu’à la peine de mort), il a fait le choix de demander l’asile politique auprès de nombreux pays, ce que François Hollande lui avait d’ailleurs refusé. Cette demande d’asile avait alors servi de prétexte à la justice britannique pour à son tour émettre un mandat d’arrêt contre Assange au nom de la violation des clauses de sa libération conditionnelle, mandat d’arrêt qui a servi de base à sa récente arrestation, alors même que la justice suédoise a abandonné ses poursuites, rendant donc ce mandat d’arrêt caduque.
Les États-Unis n’avaient jamais officiellement déclaré qu’ils poursuivaient Julian Assange, la presse s’était d’ailleurs appuyée sur cette absence de déclaration officielle pour décrédibiliser Assange et le faire passer pour un narcissique et un paranoïaque… Jusqu’à son arrestation du 11 avril, avec Scotland Yard qui déclare qu’il était de plus arrêté au nom des autorités US, pour cause de « piratage informatique », dans le cadre des révélations de 2010.
Il est important de souligner que ni la Grande-Bretagne ni la Suède n’ont rendu possibles les conditions de son procès pour viol et agression sexuelle, en lui garantissant par exemple qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. Une fois de plus, les revendications féministes sont instrumentalisées par les États qui n’en ont en réalité rien à faire.


Une attaque contre la liberté d’expression
Mais au-delà de ces considérations d’ordre juridique, l’attaque contre Julian Assange est une attaque contre le journalisme, la liberté d’expression et plus profondément contre le droit démocratique à dénoncer les pratiques criminelles menées aux plus hauts sommets des États. Car si nous ne nous reconnaissons pas dans un grand nombre de déclarations politiques de Julian Assange, qui pour certaines sont clairement réactionnaires, antiféministes, racistes, et doivent à ce titre être combattues clairement et sans hésitation, il a été arrêté car il a, avec Wikileaks, exposé des images et des documents mettant à nu la violence de l’armée US, et plus généralement celle des puissances impérialistes.
De ce point de vue, il est impératif de le défendre face à la répression qu’il subit et nous exigeons sa libération immédiate dans le cadre des affaires de Wikileaks, ainsi que celle de Chelsea Manning. Nous exigeons de plus que le gouvernement français lui offre le droit d’asile. Son procès pour les affaires d’agressions sexuelles et de viol ne pourra malheureusement se tenir que le jour où il sera garanti que les poursuites ne seront pas instrumentalisées à d’autres fins.
Nous ne croyons pas en l’homme providentiel, mais en la force collective de notre classe sociale qui se soulève, s’organise et se réapproprie dans toutes ses dimensions ses conditions d’existence. Mais nous devons nous battre pour garantir les meilleures conditions d’expression démocratique possible, et cela d’autant plus que nous vivons un moment de progression important de l’extrême droite et de durcissement répressif des États bourgeois. Le travail militant de Wikileaks, de touTEs les lanceurEs d’alerte et des journalistes engagéEs participent de ce combat, parfois au prix de leur sécurité personnelle. Nous devons les soutenir.
Louise R.

 

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