Phase 2 en Italie : les capitalistes veulent tout

Après sept jours de « phase 2 », la dynamique de l’épidémie reste encore très incertaine en Italie ; il semble qu’il y ait, d’un côté, une baisse modérée des cas à l’échelle nationale (mais les morts sont désormais plus de 30 000 et les personnes malades plus de 80 000) mais que, de l’autre, quelques régions restent à contre-courant, dont la Lombardie où l’on enregistre la grande majorité des cas de contagion.

C’est à la fin de la semaine que l’on pourra analyser les effets du redémarrage de toutes les activités productives, qui date du 4 mai. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il sera possible de savoir si un nouveau confinement total sera nécessaire – le responsable de la Protection civile lui-même ne l’exclut pas – ou si l’on pourra rouvrir les bars, les restaurants, et d’autres structures sociales, comme les activités sportives. Les écoles resteront fermées jusqu’à l’automne.

Une situation critique sur plusieurs terrains

Au-delà des annonces et des promesses de plusieurs organismes publics, les moyens matériels qui, dans la phase 2, devraient bloquer d’éventuels nouveaux foyers et garantir le contrôle de l’épidémie, restent très insuffisants. Il manque encore des millions de masques, des gants, des tests sérologiques et il y a peu de tests par écouvillon parce qu’on manque de réactifs chimiques pour vérifier leurs résultats, etc.

Trois mois après le début de l’épidémie, ni le capitalisme italien ni son État n’ont été capables de faire ce qu’ils avaient claironné : « Redémarrer en toute sécurité ». Les lieux de travail ne sont pas en situation de « sécurité » :  l’Institut national sur le travail (INAIL) a déclaré que, le 4 mai, il y avait plus de 37 000 personnes contaminées sur leur lieu de travail, avec une augmentation des décès de 10 % dans les dernières semaines. Chaque jour, 300 travailleurEs tombent malades et dix meurent ; les plus frappés étant les travailleurEs de la santé et de l’aide sociale.

Mais c’est aussi sur le terrain des salaires que les choses vont mal parce qu’un nombre important de travailleurEs au chômage technique (ils étaient presque 7 millions), en particulier ceux du commerce et des petites entreprises, n’ont pas encore touché un seul euro.

Le « Nous voulons tout » de la Confindustria1

La classe patronale va, quant à elle, droit au but et, pour que les critiques de ses choix et de son système économique glissent sur elle sans l’atteindre, elle a décidé que la meilleure défense était l’attaque. La plate­forme revendicative de la Confindustria, exposée par Bonomi, son nouveau président, est très claire : elle propose d’ajuster précisément la politique du gouvernement aux exigences des entreprises, le seul sujet qui devrait avoir voix au ­chapitre dans les choix du pays.

Chômage technique, indemnité de chômage, soutien aux secteurs les plus faibles, intervention publique, tout cela, pour Bonomi, n’est que de l’argent gaspillé : cet argent doit être utilisé au contraire comme « liquidité immédiate » pour les entreprises, comme « déblocage de tous les travaux publics », en dérogeant à toute forme de contrôle quant à l’utilisation des sous-traitants et à l’impact environnemental des ces travaux.

Une riposte à construire

C’est ouvertement une déclaration de guerre faite aux classes travailleuses, à laquelle les syndicats devraient opposer une plateforme en défense de la santé, des droits, de la réduction du temps de travail, d’une taxation qui fasse payer les coûts de la crise aux capitalistes, appelant l’ensemble de la classe laborieuse à se mobiliser pour affronter le dur conflit qui s’annonce.

Mais, au lieu de dénoncer l’attaque de la Confindustria, ceux-ci continuent à rêver d’un nouveau pacte social d’ensemble, en se contentant des miettes que le gouvernement concède aux classes populaires pour éviter (pour l’instant) des tensions sociales trop fortes, et en ne remettant pas en question les nouveaux cadeaux énormes faits aux patrons.

Nous verrons dans les prochains jours quelles seront les mesures prises par le décret gouvernemental, mais surtout quelles seront les réactions des secteurs syndicaux et sociaux les plus combatifs, pour défendre la santé, le travail et les revenus de touTEs les exploitéEs et les oppriméEs, pour reconquérir aussi une pleine activité politique et syndicale et une présence dans la rue, dans le contexte des mesures de sécurité que l’épidémie impose.

Traduit de l’italien par Bernard Chamayou

  • 1. L’équivalent du Medef.

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