Peuple algérien, “indiscipliné” face au confinement éternel

Le confinement n’est pas éternel, comme le Covid19 n’est pas une fatalité ! Les modes de gouvernance et les enjeux de profits des lobbys pharmaceutiques ont brouillé toute visibilité pour la population et ont entretenu confusion (démultiplication des informations contradictoires), complotisme (la recherche d’un coupable... la chine) et gestion autoritaire des pouvoirs politiques (répression, sanctions, opacité des décisions et manipulation des chiffres). En Algérie, cette gouvernance autoritaire qui s’appuie sur une administration jacobine et des décideurs enfermés sur eux mêmes a profité de cette pandémie pour arréter, emprisonner, convoquer et intimider des dizaines de hirakistes et activistes sur les réseaux sociaux. Près d’une centaine sont détenus arbitrairement. Elle a usé du confinement pour casser la mise en réseau du hirak, normaliser le hirak et rétablir le couvre-feu qui n’as rien à voir avec le covid19 sans oublier le report de la rentrée universitaire à septembre pour mettre les étudiants en vacances... du hirak ! En fait, une vraie gestion anti-hirak de la pandemie ! Cette étape acquise, le pouvoir politique recentre sa communication sur l’indiscipline de la population, sur la remontée de la courbe de la pandemie et sur une amplification de l’anxiéte de la société pour génerer des divisions et contradictions. Ainsi arrive-t-il à faire culpaliser les Algériens par les algériens et la « populace » deviens la cible privilegiée de certains commentaires de gens instruits et même hirakistes dans les réseaux sociaux ! Des propos choquants, d’une rare violence sont distillés sur les réseaux sociaux. Peuple machi mrabi, il faut une dictature féroce, lezem napalm pour ce peuple, de la vermine etc...

Le piége est bien fermé. Le pouvoir pourra ainsi étre légitimé dans sa répression, le hirak se détachera de la « populace » et deviendra élitiste. La radicalité du hirak peut etre déplacée sur le terrain de la raison par les autorités (la récupération des aarouchs est toujours dans notre esprit)..et le pouvoir recupére!
Il faut se rappeler qu’on ne choisis pas ses parents, on les vis et on les aimes malgre tous leurs « défauts ». On ne choisis pas le peuple qu’on veux, on vit avec le peuple qu’on a, malgré ses défauts, son indiscipline... on peut, par contre, changer la conscience de ce peuple ! D’abord par l’instruction, ensuite la culture et aussi par des mouvements collectifs qui permettent d’intégrer des valeurs de sociabilité, de fraternité et d’apprentissage à l’humanisme ! Le hirak participe à ce processus de conscientisation et de politisation, aussi ambigu ou limité soit-il. C’est parce que les élites sont peu impliquées et prisonnières de leur culture d’allégeance ou d’une idéologisation surfaite que cette politisation et intellectualisation du hirak apparait dérisoire. Le peuple n’est pas un concept mais une formule passe-partout où les politiques mettent dedans ce qui les arrangent. Dans ce conglomérat vague qu’on appelle le peuple, il y a des travailleurs, des fonctionnaires, des jeunes en chômage, toux ceux qui vivent dans l’informel pour leur survie, des gens qui vivent à la marge et dans la marginalité la plus insupportable et même une partie des couches moyennes. Tout ce monde vit en famille dans des conditions d’urbanité difficile, ciblé par des médias d’avilissement et aux revenus précaires.
C’est bien le pouvoir d’Etat, à travers ce système que dénonce le hirak, qui a mis ce peuple dans ces conditions de dégradations économiques, sociales et mentales. Il a acheté pendant 20 ans et plus la paix sociale par un « laisser-faire, laisser-aller ». L’ économie informelle, la sociéte informelle, la culture de l’informel est une création du pouvoir et elle a servi le pouvoir tout en donnant l’illusion à ce peuple informel d’exister, d’être consideré. Saba3 lazreg comme les baltaguias sont le produit de cette politique d’instrumentalisation du peuple « informel ».

Alors, revenons à plus de raison et de lucidité. Zappons notre colére et nos émotions et essayons de situer les vrais responsabilités face à cet echec relatif du confinement. Pour que le confinement soit réussi, il faut tenir des conditions objectives de ce peuple, l’associer aux décisions, l’intégrer dans la gestion du confinement par quartiers. Oû sont les associations dont a parlé le premier ministre. Le hirak diabolisé n’as pas été associé alors qu’il aurait pu developper une dynamique d’auto-organisation et proposé des scénarios de confinement adaptés. La gestion de la pandémie par la démocratie n’est pas le scénario du pouvoir politique illégitime. Reprenons confiance et préparons nous à sortir le hirak de cette impasse-confinement.

 

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