Mossoul libérée… mais à quel prix ?

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Comme nous aimerions pouvoir simplement nous réjouir de voir la « capitale de l’État Islamique » libérée de l’emprise d’une oppression fanatique que ses habitantEs et ceux de sa région ont dû subir pendant trois ans ! Mais les images d’un centre-ville totalement détruit avec ses milliers de mortEs civils, les centaines de milliers d’habitantEs qui ont fui, restant quasiment sans aide et désespérés, victimes tout à la fois de EI/Daesh, des bombardements incessants, des exactions de l’armée ou des milices, nous invitent à la retenue, surtout avec la mémoire des épisodes précédentes.

Il a fallu une offensive de neuf mois, 300 000 militaires irakiens et une aide aérienne massive de la coalition dirigée par la superpuissance étatsunienne, pour venir à bout des 5000 à 6000 combattants de l’EI répertoriés par le commandant des Forces spéciales irakiennes, le général Talib Chaghati. La réalité, c’est que depuis des années, le peuple irakien dans toutes ses composantes n’a pas eu le droit de se libérer par sa propre activité émancipatrice, mais voit toujours son destin lui échapper, ballotté par la guerre, par les intérêts des puissances mondiales et régionales et ceux des dirigeants irakiens corrompus. Ce sont ces puissances, leur aventurisme, leur concurrence économique et idéologique, mais leur volonté commune d’écraser toute idée progressiste, qui ont permis le développement du monstre EI, la prise sidérante de Mossoul en 2014... et qui hélas permettront à de telles hydres de se reconstituer.

L’issue de l’offensive militaire contre l’EI à Mossoul était sans suspense si ce n’est le nombre de victimes, comme celle en cours à Raqqa. Ses adeptes se réorganisent cependant a minima et continueront de faire de nombreuses victimes. Et eux ou leurs successeurs vont trouver largement du carburant pour un nouveau développement dans la misère économique et les injustices générées par le système socio-économique dominant, dans les oppressions permanentes et vagues de répression féroces que font subir à leurs populations tous les États de la région.

Plus que jamais, la solidarité internationale de peuple à peuple est nécessaire pour recréer de l’espoir !

Jacques Babel