Mexique : Trump jette de l’huile bouillante sur la crise du pays

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Depuis le début du mois de janvier, le gouvernement du président mexicain Peña Nieto fait difficilement face à l’explosion sociale qu’il a déclenchée en décrétant l’augmentation brutale des tarifs de l’énergie (essence, électricité, gaz) de plus de 20 %...

Et chaque semaine, des dizaines de milliers, parfois des centaines de milliers de manifestantEs, dans toutes les grandes et moins grandes villes du pays, exigent l’annulation de ce décret et le départ du président. À cette crise qui menace tout le système politique mexicain vient s’ajouter « l’ouragan Trump ».

L’investiture de Trump arrive au plus mauvais moment pour les classes dirigeantes mexicaines. Ses premières déclarations et décrets, confirmant sa volonté de faire payer aux Mexicains non seulement le nouveau mur mais encore la révision des traités de libre échange, les déstabilisent encore plus. Pris à contre-pied du discours et de la politique ultralibérale qu’ils pratiquent depuis des dizaines d’années au détriment du peuple mexicain, les partis de gouvernements PRI, PAN et PRD se voient acculés à un choix cornélien : soit céder et plier – comme d’habitude – devant les exigences de l’impérialisme nord-américain et risquer de transformer la crise sociale en explosion politique ; soit, pour une fois, au moins faire semblant de résister et chercher à éteindre l’incendie social en appelant à « l’unité nationale » contre le voisin du nord. Tout cela risque d’aggraver terriblement la crise économique déjà enclenchée par la fuite des capitaux et des investissements, la dévaluation du peso et une inflation galopante.

Le gouvernement de Peña Nieto, aux abois, a affirmé vouloir refuser de « payer le mur », se posant aussi en défenseur du libéralisme contre le protectionnisme de Trump. Relayé par les grands médias et les autres partis de gouvernement, il tente de jouer la carte de l’unité nationale contre Trump, évidemment largement détesté par l’immense majorité du peuple mexicain comme l’ont montré les manifestations anti-Trump de dimanche dernier. Le milliardaire Carlos Slim et Manuel Lopez Obrador, dirigeant du parti d’opposition de gauche Morena, ont tenu des discours similaires.

Pas d’unité nationale !

Mais il y a peu de chances que cette chanson-là fonctionne en ce moment parmi les millions de travailleurs, de toutes catégories et de toutes les régions, qui se mobilisent depuis plus de cinq semaines. Comment les convaincre de faire l’unité avec un président et des partis responsables depuis des dizaines d’années de l’appauvrissement de la population et de la « sale guerre » sociale, sous prétexte de lutte contre les narco-traficants ?

D’autant plus que les premiers pas de la « négociation » de Peña Nieto avec Trump ont été désastreux. Dans une conversation téléphonique, Trump a déversé un tombereau d’insultes sur Peña Nieto et sur le peuple mexicain. Trump lui a asséné qu’il n’avait pas besoin de son gouvernement « corrompu et incapable », ajoutant même qu’il serait « peut-être obligé d’envoyer l’armée des États-Unis au Mexique » si l’armée mexicaine était incapable de contrôler sa frontière… De quoi faire exploser de rage tout Mexicain normalement constitué... mais pas Peña Nieto qui a fait le dos rond et a demandé qu’à l’avenir, les discussions avec les dirigeants des États-Unis soient tenues secrètes !

Pour les révolutionnaires mexicains, ils se sont exprimés dans ce sens, il n’est pas question de compter sur les dirigeants politiques et économiques pour faire face à Trump et à la crise que sa politique est déjà en train d’aggraver. La seule voie est dans l’unité des travailleurs et des opprimés mexicains pour non seulement annuler les décrets de misère et les réformes ultra libérales, mais au-delà en finir avec un régime corrompu et soumis depuis toujours aux intérêts impérialistes. Beaucoup ajoutent que dans cette lutte, ils peuvent trouver de nombreux alliés de l’autre côté de la frontière, auprès de toutes celles et ceux qui se dressent aux États-Unis mêmes contre Trump et sa politique.

Fabrice Thomas

 

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