Mascarade, dictature et égalité des sexes

Pour la première fois, les femmes pouvaient voter aux élections municipales en Arabie saoudite. 14 d’entre elles auraient été élues. Une révolution nous dit-on... En fait une mascarade hypocrite qui donne la mesure  du régime arriéré et dictatorial qu’est la dictature théocratique de la monarchie saoudienne, principal soutien des puissances occidentales au Moyen-Orient, « un Daesh qui a réussi » pour reprendre l’expression d’un journaliste.

Les obligations humiliantes auxquelles devaient se soumettre les femmes candidates donnent un aperçu de leur situation inacceptable. Avant de pouvoir se présenter, elles devaient demander l’autorisation à leur mari ou le cas échéant à leur tuteur masculin. Il leur était alors demandé leur carte nationale d’identité, à laquelle elles n’ont droit que depuis peu, la majorité d’entre elles n’ayant qu’une « carte de la famille » de leur tuteur. De même, une preuve de résidence était demandée, cela alors que la plupart des femmes vivent dans leur famille. Et parce qu’elles n’ont pas le droit de conduire et qu’elles doivent obtenir l’accord d’un homme pour travailler ou voyager, c’est donc conduite par un homme de leur famille ou un chauffeur que les électrices se sont rendues dans les bureaux de vote. Au final, les électrices, inscrites pour la première fois, étaient 119 000, sur près de 1,5 million d’électeurs... Dix fois moins que les hommes !
La mixité dans les lieux publics étant interdite, les candidates n’ont pu rencontrer que leurs électrices. Et pour s’adresser au sexe opposé, les candidates ont dû recourir à la vidéo ou à des porte-parole hommes ! De plus, elles ne pouvaient pas faire apparaître leur visage sur les réseaux sociaux, ni sur les affiches ou les tracts de campagne... Loujain Hathloul, militante emprisonnée deux mois après avoir tenté en 2014 d’entrer dans le royaume au volant de sa voiture depuis les Émirats arabes unis, a vu sa candidature rejetée. Une autre candidate a dû se retirer face à l’opposition de dignitaires religieux.

Et les quelques élues, moins de 1 % de l’ensemble des élus, n’auront pas de pouvoir dans les 284 conseils municipaux, les seules assemblées à inclure des représentants élus, pour le simple fait que ces conseils municipaux, créés en 2005, n’en ont eux-mêmes aucun... toutes les décisions politiques étant prises par la famille royale.
L’oppression des femmes, un complément indispensable à la dictature des amis de Hollande.

Yvan Lemaitre

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