Manifestations, débat sur la police : Trump en difficulté

George Floyd, dont le meurtre par un officier de police blanc a déclenché des semaines de manifestations contre la brutalité policière et le racisme, a été enterré le 9 juin dans sa ville natale de Houston. Mais l’onde de choc est toujours là.

Les protestations se sont poursuivies sous une multitude de formes : des rassemblements et des manifestations, des caravanes de voitures, des défilés de protestation de centaines de cyclistes. Les gouvernements locaux freinent maintenant la police qui avait attaqué si violemment les manifestations précédentes. À Seattle, après que le maire eut fermé un poste de police local et retiré la police du quartier de Capitol Hill, des radicaux et des résidentEs l’ont déclaré zone autonome, ce que certains ont comparé à la Commune de Paris de 1871. Le président Donald Trump, bien sûr, a appelé le maire à reprendre le contrôle de la ville.

Débat national

Les sondages montrent que 80 % des Américains soutiennent les manifestations qui ont touché 700 villes situées dans l’ensemble des 50 États, et qui ont encouragé dans pratiquement toutes les institutions, des administrations publiques aux entreprises privées, une discussion nationale sur le racisme.

Le pays tout entier est impliqué dans des débats sur le rôle de la police et l’utilisation de la Garde nationale dans la répression violente des manifestations, ainsi que sur le recours  de Trump à la Garde pour attaquer des manifestantEs pacifiques près de la Maison Blanche et sur sa menace d’employer l’armée pour écraser le mouvement. Le secrétaire à la Défense et le général américain aux responsabilités les plus élevées se sont tous deux distanciés de Trump sur ces questions. De nombreux responsables militaires à la retraite se sont prononcés contre la menace de Trump d’utiliser l’armée. Des dirigeants politiques, principalement démocrates mais aussi républicains, ont critiqué la posture dictatoriale de Trump.

« Defund the police »

S’est également engagé un débat important sur le définancement de la police (« Defund the police »). La demande de remise en cause du financement de la police vient de courants de gauche qui, pour certains, appellent aussi au désarmement et à l’abolition de la police et des prisons. Alors qu’une majorité du conseil municipal de Minneapolis annonce que ses forces de police actuelles seront supprimées pour créer une nouvelle organisation de la sécurité publique, presque partout ailleurs le slogan de définancement est interprété par les politiques, la presse et de nombreux participantEs au  mouvement comme signifiant des coupes dans le budget de la police et la réaffectation des fonds à la santé mentale, aux autres programmes sanitaires et à d’autres services sociaux. Les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) ont lancé une campagne nationale pour le définancement de la police. Et au Congrès, le Parti démocrate a présenté une loi pour la réforme de la police.

Drapeaux et statues

Le rôle des syndicats de policiers qui défendent les policiers accusés de comportement raciste et d’actes de violence est également débattu. Ces syndicats, dont beaucoup soutiennent Trump, prennent également souvent des positions conservatrices sur des questions de justice pénale, telles que leur opposition à la libération conditionnelle. Certains à gauche veulent que l’AFL-CIO (la principale confédération syndicale) exclue les syndicats de police, mais l’AFL-CIO a plutôt appelé à leur réforme.

D’autres institutions ont commencé à prendre des mesures sur les questions raciales. NASCAR, la société qui organise des courses de voitures, où presque tous les conducteurs et 80 % des fans sont blancs, a interdit le drapeau confédéré, le drapeau des États esclavagistes du Sud lors de la guerre civile, qui avait souvent été arboré par des pilotes et des spectateurs. Les principaux généraux de l’armée américaine ont exprimé leur volonté de renommer dix bases militaires américaines situées dans le Sud qui portent actuellement le nom de généraux confédérés. Il y a également un renouveau du débat sur la suppression des statues des généraux confédérés, certaines dans les États du Sud et d’autres dans le bâtiment du Capitole national.

Trump 10 points derrière Biden

Pendant ce temps, alors que la réouverture nationale de l’économie se poursuit, le coronavirus ressurgit à nouveau dans le Sud, dans la Sunbelt (ceinture du soleil), de la Floride à l’Arizona, et 22 des 50 États ont un nombre croissant de cas. 40 millions de travailleurEs restent au chômage. Tout ceci alors que Trump s’apprête à relancer sa campagne présidentielle avec des rassemblements de masse, susceptibles de mettre en danger la santé publique. À l’heure actuelle, seulement 38 % des électeurEs approuvent l’action de Trump tandis que 57 % le désapprouvent ; et le président est tombé 10 points derrière Joseph Biden, le candidat du Parti démocrate. Pour le moment, Trump semble peut-être se diriger vers la défaite.

Traduction Henri Wilno

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