Libye : Habillage diplomatique pour une intervention

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La faillite de la Libye, suite notamment à l’intervention militaire française et britannique sur les conseils avisés de Bernard-Henri Lévy, a permis à l’État islamique de s’implanter. Les Occidentaux tentent d’imposer leur feuille de route qui répond avant tout à leur propre agenda.

Le dernier rapport de La CIA estime que le nombre de combattants de Daesh en Libye a doublé et se situe autour de 5 000. Au niveau régional, c’est certainement la Tunisie qui a une frontière commune avec la Libye qui est la plus menacée. Sa crise économique et sociale est profonde. Fathi Chamkhi, député du Front Populaire, considère dans une récente interview « qu’il y a une tension sociale extrême aujourd’hui en Tunisie qui rappelle la tension révolutionnaire d’il y a cinq ans »1. Le gouvernement tunisien est désormais confronté à une recrudescence de la violence djihadiste et du recrutement des jeunes sans espoir par l’État islamique.

Le gouvernement d’union nationale, œuvre des grandes puissances

Pour l’Europe, l’inquiétude est double puisque la Libye jouait du temps de Kadhafi les supplétifs dans la lutte contre l’immigration. Désormais, non seulement la Libye ne remplit plus ce rôle, mais certaines milices organisent même le trafic d’êtres humains vers les côtes européennes.

L’autre danger est l’installation et le renforcement de l’État islamique en Libye. Depuis les bombardements en Irak et en Syrie, l’organisation djihadiste ouvre un nouveau front dans ce pays.
Daesh profite de l’état de chaos dans lequel se trouve le pays pour s’implanter. Deux factions rivales composées de milices se disputent le pouvoir en Libye, s’accusant mutuellement d’être des islamistes ou des kadhafistes. Une première faction, Fajr Libya (Aube de la Libye), contrôle la capitale Tripoli et sa région. La seconde, considérée comme nationaliste, est installée à Tobrouk et est reconnue par la communauté internationale. Entre ces deux adversaires aucune possibilité de victoire militaire à court terme n’est envisageable, tout comme il semble difficile qu’une des factions puisse avoir le dessus sur Daesh.

Les grandes puissances misent sur la création d’un gouvernement d’union nationale regroupant les deux camps. Un Premier ministre a déjà été nommé, Fayez Sarraj, dont le seul avantage est d’être inconnu de tous. Il a proposé un gouvernement, refusé par Tripoli qui estime que 32 ministres est un nombre beaucoup trop élevé, mais le véritable enjeu est double. D’une part, la représentation de la faction de Tripoli dans ce gouvernement est jugée trop faible, et d’autre part, le futur rôle du Général Haftar, qui dirige l’appareil militaire de Tobrouk et qui reste l’ennemi préféré de Tripoli.

Vers une intervention militaire

Si les Occidentaux insistent tant sur la mise en place de ce gouvernement d’union, ce n’est évidemment pas pour mettre fin aux souffrances des populations qui vivent dans une insécurité permanente et qui voient leur situation sociale se dégrader jour après jour.
Le gouvernement d’union nationale est un élément clef dans la feuille de route des Occidentaux. Une fois établi et sa légitimité consacrée, en tout cas officiellement, l’intervention militaire pourra être lancée en toute légalité à sa demande.

Pour arriver à cette fin, les grandes puissances mettent désormais une forte pression, et ont averti que tous ceux qui désormais entraveraient, d’une manière ou d’une autre, la constitution de ce nouveau gouvernement risqueraient des sanctions internationales personnelles (interdiction de voyager, gel des avoirs financiers, etc.).
L’Europe qui est à la manœuvre veut faire vite et considère qu’elle a déjà perdu trop de temps avec cet habillage juridique. Déjà, conformément à une règle qui semble intangible dans les interventions militaires en Afrique, il semble que le premier rôle sera donné à l’ancienne puissance coloniale, l’Italie.

Hier les Occidentaux s’étaient immiscés et ont confisqué la révolution libyenne, aujourd’hui ils imposent leur solution dans la lutte contre l’État islamique. Bien que Bernard-Henri Lévy ne soit plus dans la boucle, il y a peu de chance que la même méthode donne des résultats bien différents...

Paul Martial

  • 1. http ://cadtm.org/Il-y-a-une-tension-sociale-extreme