Les travailleurEs américains face au coronavirus

La vie des travailleurEs américains est bouleversée par le coronavirus. Ils sont mis en danger par la crise sanitaire et menacés par le krach économique qui a suivi.

De nombreuses activités, comme les compagnies aériennes, ont réduit leur activité, laissant beaucoup de travailleurEs sans emploi. Comme les responsables de la santé ont recommandé la distance sociale, de nombreux événements avec un public de masse – concerts, événements sportifs et pièces de Broadway – ont été supprimés. D’autres salariéEs qui travaillent avec le public, comme les agentEs du métro de New York et les chauffeurEs de bus, restent à leur poste. Des millions de travailleurEs, dans les entrepôts et le commerce alimentaire, par exemple, continuent également de travailler. Et, bien sûr, les employéEs de la santé continuent de travailler dans les cliniques et les hôpitaux.

Trump a d’abord minimisé le danger

Le gouvernement américain a mal géré la pandémie. L’administration Trump avait réduit les crédits des Centres pour le contrôle des maladies (Centers for Disease Control –CDC) et les instituts nationaux de santé (National Institutes of Health) et a fermé l’équipe d’intervention de la Maison Blanche en cas de pandémie. Alors même que les CDC tentaient de mettre en œuvre des actions face à l’épidémie, Trump a minimisé celle-ci. Le premier cas américain date du 20 janvier, mais ce n’est que le 13 mars que Trump a déclaré une urgence nationale.
La situation est terrible pour de nombreux et peut-être la plupart des travailleurEs. Les États-Unis n’ont pas de système national de soins de santé et des dizaines de millions de travailleurEs américains n’ont pas d’assurance maladie. De plus, des millions de travailleurEs américains n’ont pas de congés de maladie payés, pas de congés familiaux et des millions de salariéEs précaires n’ont pas de jours de vacances. Les travailleurEs n’ont aucune garantie d’emploi ou de revenu.
La réponse initiale de Trump a été de proposer des prêts gouvernementaux sans intérêt et des allégements fiscaux pour les entreprises afin de compenser les coûts de la crise du coronavirus dont elles pourraient souffrir.
Certains employeurs ont suggéré que les salariéEs qui peuvent travailler à domicile le fassent via la vidéo­conférence et l’ordinateur. Mais de nombreux et nombreuses travailleurEs ont des emplois qui ne peuvent pas être effectués à domicile, pensez aux éboueurEs ou aux ouvrierEs de la construction.
Pour comprendre la complexité de la situation, considérons une infirmière avec deux enfants qui veut aller à l’hôpital pour travailler, à la fois pour aider à répondre à la crise et pour subvenir aux besoins de sa famille, mais qui constate que l’école ou la garderie a fermé. Elle ne veut pas demander à ses parents de s’occuper des enfants car ils ont tous les deux plus de 60 ans et donc une probabilité plus élevée de maladie et de décès. Que fait-elle ?

Les revendications syndicales

En réponse à la crise, de nombreux syndicats ont réagi en présentant des revendications à leurs employeurs privés et publics. Les demandes les plus courantes sont :
• Dépistage et traitement gratuits pour touTEs les travailleurEs ;
• Maintien du revenu même si les travailleurEs doivent rester à la maison ;
• Aucune perte d’emploi pendant la crise épidémique ;
• Congés de maladie payés pour touTEs sans attestation du médecin ;
• Protection de la santé des travailleurEs des secteurs public et privé qui doivent répondre à la crise.
Les syndicats d’enseignantEs de Chicago et de New York ont exigé la fermeture des écoles, comme cela a été fait à Los Angeles, à San Diego et dans de nombreux autres districts.
Certaines organisations de travailleurEs immigrés ont exigé que les immigrants sans papiers aient également accès à tous les programmes de santé et autres protections.

Une loi qui laissera à l’écart 80 % des salariéEs

Nancy Pelosi, chef du Parti démocrate à la Chambre des représentants du Congrès US, a fait adopter un projet de loi par la Chambre avec des dispositions qui, en apparence, reflètent bon nombre de ces demandes :
• Test gratuit de coronavirus pour tous ceux qui en ont besoin, avec ou sans assurance
• Jusqu’à deux semaines de congé de maladie payé et jusqu’à trois mois de congé familial et médical payé ;
• Une assurance chômage plus forte pour les travailleurEs en congés ;
• Plus de fonds pour les programmes alimentaires destinés aux écoliers et aux personnes âgées ;
• Plus d’argent pour Medicaid, le programme d’assurance-maladie public pour les Américains à faible revenu.
Pourtant, il y a en fait un énorme trou dans ce texte : des employeurs  importants comme Amazon et McDonalds ne seront pas tenus de financer un congé « payé », et les entreprises de moins de 50 employéEs pourront demander des exemptions. Seulement environ 20 % des travailleurEs seront réellement couverts par ce projet de loi. Et il reste à voir s’il sera définitivement adopté.

Le 14 mars, traduction Henri Wilno

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