Les cents jours... de Wall Street et du Pentagone

« Les 100 premiers jours de mon administration ont tout simplement été les plus couronnés de succès de toute l’histoire », se vante Trump après avoir découvert, sans rire, que « les États-Unis, c’est mille fois plus gros que la plus grande entreprise du monde »...

Bluff, cynisme, naïveté feinte, tout est bon pour tenter de masquer qu’il est aujourd’hui le président le plus impopulaire de l’histoire.

Échecs, volte-face et recadrage

Trump avait prétendu signer un « contrat avec l’électeur américain » pour un « plan d’action de 100 jours », pour « rendre à l’Amérique sa grandeur ». Ces cent jours ont été une fantasque improvisation où, d’échecs en volte-faces, Trump a été recadré par l’administration pour mener son offensive réactionnaire.

Dès le premier jour, il a signé un décret visant à empêcher l’application de l’Affordable Care Act, l’Obamacare. Il n’a pu aller plus loin, mis en échec par les ultraconservateurs républicains de la Chambre des représentants. Puis il a signé un décret permettant de contourner la loi sur la protection de l’environnement pour les projets d’infrastructures prioritaires, comme les restrictions pesant sur les pipelines et les centrales à charbon. Il a ordonné le gel des embauches dans la fonction publique... tout en amorçant le recrutement de 15 000 douaniers et gardes-frontières.

Le recadrage a été manifeste au niveau de la politique internationale. L’Otan, « obsolète », est devenue un « rempart pour la paix internationale et la sécurité ». La Chine honnie, à qui il allait déclarer la guerre commerciale, est devenue un partenaire dont le président Xi Jinping a été reçu avec tous les honneurs, et devient un allié face à la Corée du Nord. Alors que Trump annonçait une politique isolationniste, il développe bien au contraire une offensive militariste, dont le tir de 59 missiles de croisière Tomahawk contre une base militaire syrienne a été le violent signal. Et Poutine n’est plus son ami...

Wall Street encaisse

Les promesses de « magnifiques réductions d’impôts » et de « fantastiques accords commerciaux », stimulent Wall Street, même si la « taxe d’ajustement à la frontière » sur les importations est tombée à l’eau.

Annoncée la semaine dernière, la réforme fiscale a de quoi réjouir toute la bourgeoisie, « l’une des plus importantes baisses d’impôts de l’histoire américaine », selon le conseiller économique de la Maison Blanche... ex-numéro deux de Goldman Sachs. Le taux de l’impôt sur les sociétés passerait à 15 %, contre 35 % aujourd’hui. Sera aussi supprimée la taxe de 3,8 % qui était prélevée sur les revenus du capital pour financer le système d’assurance santé. En tout, un coût pour les recettes de l’État de 6 200 milliards de dollars sur les dix prochaines années, compensé selon le secrétaire au Trésor par « un cercle vertueux » mythique qui permettrait aux USA de « retrouver une croissance économique durable ».

Reste à faire accepter cet énorme transfert de richesse dans les poches des riches au prix de la rigueur budgétaire et de l’austérité. Même les Républicains voient bien que cette démagogie risque de conduire à la catastrophe, d’autant que Trump vient de perdre face à la Chambre des représentants qui a refusé de financer le mur à la frontière du Mexique.

Et pour fêter son impopularité record, lors de son centième jour à la Maison Blanche, Trump a boycotté la réception de la presse accusée de tous les maux, et lancé une « aimable » invitation à Duterte, le dictateur philippin...

Yvan Lemaitre

 

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