« Leçons d’antifascisme dans les écoles grecques »

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Quand les politiques xénophobes mises en place par la Turquie et l'Union Européenne1, avec tous les gouvernements européens, font le jeu du fascisme et laissent aux prises du capitalisme une marée humaines de réfugié.e.s qui continuent de s'accrocher à ce continent assassin, et laissent les travailleuses/eurs à la merci du virus du racisme et de l'attrait trompeur de l'extrême-droite, ce sont quelquefois les familles ouvrières et les gens les plus modestes qui s'organisent et qui apprennent à être antifascistes dans leurs quartiers et sur leurs lieux de travail.

Quand, en janvier dernier, le député nazi Giannis Lagos et un bataillon de gros bras ont interrompu une assemblée de parents d'élèves de l'école primaire Neo Ikonio, dans le quartier de Pérama, au sud-ouest d'Athènes, en les menaçant et en les agressant pour empêcher que des enfants réfugiés soient scolarisés dans cet établissement, peu de gens s'attendaient à la réaction et à la solidarité qui allait se manifester dans de nombreuses villes et écoles grecques.

Aube Dorée essaie de décourager le mouvement de solidarité avec les réfugié.e.s et cherche à s'intégrer dans les associations de parents d'élèves des écoles où vont être scolarisés des enfants migrants, cherchant du même coup à sortir de l'isolement où l'ont conduit les éléments accablants présentés lors de son procès2. Cette tentative de reprendre pied s'est intensifiée ces derniers mois, avec l'application du memorandum Tsipras : Aube Dorée répandant son venin, accusant les réfugié.e.s et les migrant.e.s d'être responsables du chômage et du démantèlement du service public d'éducation.

L'attaque de Pérama était parfaitement orchestrée. Depuis des semaines, environ 70 parents d'élèves, dont 15 étaient militant.e.s néonazis, ainsi que des membres de la direction d'Aube Dorée, manifestaient devant l'établissement. Sans surprise, la police nationale n'a pas entravé les manifestation et s'est même montrée complice, collaborant ouvertement avec les néonazis : elle n'a pas empêché, et a même facilité, leur entrée dans l'école. Mais la réponse combative des familles de Pérama ne s'est pas faite attendre : trois jours plus tard, toute la commune de Pérama a participé à une manifestation massive pour exiger la fermeture du local d'Aube Dorée.

Cette manifestation antifasciste du 18 janvier, entièrement organisée par les parents d'élèves et par les enseignant.e.s, a été un signal d'alerte pour toute la communauté enseignante, qui s'est organisée et a pris contact avec la mairie du Pirée. Elle a manifesté en scandant « Ni a Pérama, ni ailleurs : les fascistes hors des écoles », aux côtés d'organisations étudiantes, du mouvement antifasciste KEERFA, d'organisations de migrant.e.s, d'Antarsya et d'Unité populaire.

Pour la première fois toutes forces de gauche [Syriza n'est pas incluse, ndt] se sont unies pour isoler les néonazis et affirmer haut et fort que les élèves réfugié.e.s sont les bienvenu.e.s dans les écoles, mais ça n'en est pas resté là. Trois jours après la manifestation, l'association des enseignant.e.s de Keratsini a décidé d'inviter toutes les associations scolaires du Pirée à organiser des rassemblements pour accueillir des enfants réfugiés, et pour continuer des campagnes de sensibilisation des parents, des étudiant.e.s et des syndicats de la région. Les enseignant.e.s ont raconté comment ils/elles donnent des leçons basiques d'antifascisme aux élèves les plus jeunes.

Dans un communiqué commun signé par les écoles de la région, il est affirmé ce qui suit : « Les premiers habitant.e.s de Pérama étaient des réfugié.e.s. Nous n'avons aucune raison de dire non à ces enfant.e.s. Nous allons les accueillir et leur transmettre les mêmes valeurs que nous transmettons à nos enfants. Leur accueil peut être un problème pour les gouvernements, mais ça n'en est pas un pour nous. Nous serons là lors de leur premier jour d'école pour les accueillir. » A l'école de Lavrio, le rassemblement d'accueil a entamé « L'estaca », et une pancarte disait : « Les travailleuses/eurs grec.que.s et les migrant.e.s ont le même ennemi : les memorandums et l'impérialisme. »

Par Tomás Martínez, militant de Izquierda Anticapitalista Revolucionaria (IZAR), dans l’État espagnol. 

Traduit par Tiziana Loup.

  • 1. Des accords entre la Turquie et l'Union européenne ont été signés en mars 2016 : ils prévoient que la Turquie joue le rôle de « barrière » pour empêcher les migrants du Moyen-Orient d'entrer en Europe. Voir : https://npa2009.org/idees/international/... [ndt]
  • 2. Aube Dorée est en procès depuis plusieurs années, suite à l'assassinat du chanteur et militant antifasciste Pavlos Fissas. Le procès a rendu public nombre de crimes et de malversations perpétrés par la direction et par les militants d'Aube Dorée [ndt].

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