Le mémorandum Tsipras

C’est « la fin de la crise grecque », « le retour de la confiance » ! « Ce soir, nous envoyons aux dirigeants européens le message que la Grèce remplit ses obligations »…  Tels sont les mots du premier ministre, Alexis Tsipras, après le vote au parlement, les 8 puis 22 mai 2016, de deux nouveaux trains de mesures exigées par les créanciers en application du mémorandum du 13 juillet 2015. Des mesures que l’Eurogroupe du 25 mai a acceptées, ce qui entraînera le déblocage d’une tranche d’« aide » de 10,3 milliards d’euros. A 70 %, ces sommes serviront à payer… les créanciers européens, l’autre partie devant permettre à l’Etat grec d’acquitter des factures impayées. Rien pour la « croissance », rien non plus pour soulager la misère galopante, bien évidemment. C’est même tout le contraire, car les mesures imposées par l’Union européenne et le gouvernement Syriza-Anel sont proprement terrifiantes.

A un nouveau plan de saccage des retraites et de la sécurité sociale, à des hausses d’impôts tous azimuts (dont un point de plus de TVA – à 24 % – pour tous, et un alourdissement de l’impôt sur le revenu pour celles et ceux qui parviennent encore à vivre un peu mal de leur salaire), s’ajoutent une série de mesures parachevant la transformation de la Grèce en véritable semi-colonie.

D’abord, les privatisations. Etaient déjà en cours celles des ports, aéroports, du chemin de fer, de la Poste… S’y ajoute maintenant la mise sur le marché de 538 sites archéologiques (dont la ville antique de Pella) et de 597 îles, sans compter le stade olympique, des dizaines d’hôtels de luxe et des milliers de terrains. Le tout (75 000 propriétés publiques), regroupé dans un nouveau fonds de privatisation chargé d’accélérer le rythme des cessions. Objectif : 13 milliards d’euros dans les deux ans à venir, ce qui est à la fois beaucoup et rien – car en réalité, les actifs et le patrimoine du pays doivent être bradés.

Ensuite, le mécanisme au nom aussi évocateur que délicat de « cisaille » (en grec, koftis). La Grèce doit, d’ici à 2018, parvenir à dégager un excédent primaire (hors paiement de la dette) de 3,5 % du PIB – un objectif que tous les analystes sérieux jugent complètement irréaliste. Si cet objectif n’est pas atteint ou si les résultats intermédiaires s’en écartent trop, et que le gouvernement ne se montre pas capable d’y remédier, se déclenchera alors un « mécanisme automatique » de coupes budgétaires supplémentaires, pouvant aller jusqu’à 3,6 milliards d’euros. Premiers visés, les salaires et retraites des fonctionnaires.

Pour couronner le tout, le contrôle de la collecte de l’impôt échappe à l’Etat pour être confié à une « autorité indépendante », dont les membres seront nommés par une « commission » composée de cinq hauts-fonctionnaires et de deux représentants de l’Union européenne…

Qu’en est-il de la dette ? Tsipras promettait qu’en échange de sacrifices « justes », visant à remettre le pays « sur les rails », il obtiendrait une restructuration et un allègement de l’immense dette publique. Premièrement, toute perspective de réduction de son montant est écartée. Deuxièmement, l’examen d’éventuelles mesures visant à rallonger dans le temps les paiements et/ou réduire les taux d’intérêt est repoussé à juillet 2018, à l’échéance de l’actuel et troisième mémorandum. Si vous vous tenez bien, si vous faites tout ce que l’on vous dit, alors nous verrons – promettent les créanciers.

Les travailleurs grecs n’ont jamais cessé de résister, comme l’ont encore montré les grèves et manifestations, significatives quoique non massives, de ce mois de mai 2016. On voit bien en même temps qu’il y a des sentiments d’impuissance, de fatalisme voire de découragement. Comment ne pas le comprendre au regard de l’immense espoir qu’avait entraîné la victoire électorale de Syriza, et de l’immense trahison qui l’a immédiatement suivie ? Ici même, face à une politique d’austérité qui est certes sévère mais n’a rien à voir avec la situation dramatique faite au peuple grec, il nous a fallu quatre années pour commencer à hausser le ton face à Hollande et sa bande. Tsipras et les siens ne perdent rien pour attendre.

Jean-Philippe Divès

 

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