Las Vegas, symptôme morbide

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Au moins 59 morts et plus de 500 blessés : le bilan humain de la tuerie de Las Vegas fait frémir. Les images d’horreur et de panique filmées le 1er octobre ont fait le tour du monde et, à l’heure où ces lignes sont écrites, le profil de l’assassin reste un mystère, et la revendication (opportuniste ?) de l’État islamique, démentie par le FBI, n’y change rien. 

Une chose est toutefois certaine, et nous le disons sans arrière-pensée politicienne et avec un profond respect pour les victimes et leurs proches : une société qui peut produire de tels meurtriers, capables de tirer de sang-froid sur des milliers de personnes en train d’assister à un concert, est une société à la dérive, pour ne pas dire une société malade. 

Car si cette tuerie fait inévitablement penser aux scènes d’horreur du Bataclan ou du massacre d’Utoya perpétré par Anders Breivik en 2011, on ne peut manquer de la mettre en relation avec certaines statistiques venues des USA : 85 armes à feu pour 100 habitants (contre 28, par exemple, en France) ; 11.650 (!) morts par balles depuis le début de l’année 2017 (soit 45 par jour). 

Des chiffres qui donnent le tournis et qui invitent, sans relativiser l’ampleur et la singularité de la tuerie de Las Vegas, à mesurer les effets désastreux de la combinaison entre, d’une part, des politiques ultra-libérales, favorisant le chacun pour soi et, d’autre part, le tout-sécuritaire et le tout-carcéral : un cocktail détonnant qui banalise et favorise la violence dans les rapports sociaux. 

Les groupes terroristes et leurs fantassins sont des meurtriers qu’il n’est pas question d’excuser au nom de pseudo-arguments anti-impérialistes et/ou antiracistes. Mais ils ne doivent pas non plus devenir l’arbre qui cache la forêt d’un système capitaliste, fondé sur la domination et l’exploitation, qui génère guerres, misère et violences à tous les échelons de la société.  

Les actes d’ultra-violence ne sont pas des coups de tonnerre dans un ciel serein, mais les symptômes morbides d’un système en décomposition, qui n’a de cesse de nous entraîner vers toujours plus de barbarie. 

Julien Salingue