L’Allemagne et l’Autriche sont-ils les bons élèves européens de la crise du Covid-19 ?

Une fois de plus, l’Allemagne apparaît dans cette crise comme le bon élève européen : un nombre de morts relativement bas malgré un nombre de cas officiels plus élevés qu’en France, sans confinement « dur », et un gouvernement qui apparaît comme plutôt bon gestionnaire. Son voisin autrichien est même parvenu ces derniers jours à « aplatir » la fameuse courbe, et envisage les premières mesures de déconfinement. Qu’en est-il donc de ces « premiers de cordée » de la classe européenne ?

Premier pays à avoir connu une transmission du virus sur le sol européen, l’Allemagne a d’abord brillé par des réactions peu coordonnées et chaotiques prises régionalement, sans mesures nationales. Depuis, le modèle adopté se targue d’être l’équivalent, ou presque, de la Corée du Sud (vaccinée d’une certaine manière par l’épidémie du SRAS) : beaucoup de tests, et des mesures de distanciation physique. Dimanche 12 avril, il n’y avait en effet « que » 2 871 morts pour 125 000 cas, contre plus de 12 000 sur 130 000 en France !

Chiffres à manier avec prudence

Ces chiffres sont, cependant, à manier avec prudence, quand on voit que la France passe devant ou derrière l’Allemagne au gré des remontées ou non, de cas dans les EHPAD. Le virologue en chef de la Charité à Berlin, et conseiller du gouvernement, Christian Drosten, explique le « faible » taux de mortalité essentiellement par le nombre de tests, qui gonfle les cas confirmés. On est pourtant loin d’un dépistage massif à la coréenne, d’autant que les tests PRC sont peu fiables s’ils ne sont faits qu’une fois. Les cheminotEs allemands ouvrent de grands yeux devant les désinfections de la gare de Wuhan ou des bus coréens, loin du bricolage qu’ils vivent au quotidien.

Si le démantèlement du système de santé touche aussi l’Allemagne, avec 39 % d’hôpitaux publics en moins entre 1991 et 2007, il reste encore 8 lits de réanimation pour 1 000 habitantEs, contre 6 en France (ce qui, en plus de la richesse du pays, s’explique probablement aussi par une baisse démographique plus forte)1. Et attention à l’optimisme : si l’on prend comme J1 les cent cas confirmés, la courbe allemande suit celle de l’Italie, avec huit jours de retard, avec proportionnellement moins de cas certes, mais loin de la bonne gestion miroitée...

En Autriche, la situation semble s’améliorer depuis plusieurs jours. Alors que le pays a connu ses premiers cas en même temps que la France, les premières mesures de confinement ont été prises alors qu’il n’y avait encore que mille cas connus, ce qui a permis de tracer les contagions.
La petite taille et la relative richesse du pays ont probablement aidé, mais la courbe du chômage a bondi : en deux semaines, 200 000 chômeurEs ont été comptabilisés, soit une augmentation de 50 % (qui amène le chômage à 12,7 %), auquel s’ajoutent environ 400 000 personnes au chômage partiel. Perdre son boulot pour ne pas perdre la vie : tout ce que le capitalisme peut offrir ?

Qui va payer la note ?

Comme partout, le gouvernement autrichien s’est engagé à des cadeaux à la bourgeoisie, débloquant dans un premier temps 38 milliards. En Allemagne, 550 milliards (somme augmentée depuis) ont été mis à disposition du patronat. Des centaines de milliers de salariéEs des grandes entreprises perturbées par les ruptures de chaînes d’approvisionnements, sont au chômage partiel, payé entre 60 et 67 % quand les entreprises ne complètent pas. Dans de nombreux secteurs qui continuent à tourner, les droits syndicaux, les dérogations aux droits en matière de temps de travail et de congés sont le lot commun.
Un point d’interrogation s’impose donc à l’affirmation de la bonne gestion de crise de ces pays. Ce qui est certain, c’est que les dirigeants de ces pays, s’ils se targuent – certes prudemment encore pour l’Allemagne – d’une relativement bonne gestion de la mortalité du Covid-19, font passer à la trappe le coût élevé que les travailleurEs – et eux seuls – devraient payer, en perte d’emploi et de salaire. Sans oublier que les larges entorses au droit du travail peuvent être des précédents, annonciateurs d’une suite pire. Et sans oublier non plus que la facture même des milliards donnés au patronat ne tardera pas à être présentée à la classe ouvrière allemande et autrichienne. De quoi provoquer de sacrés retours de bâton.

  • 1. Pour des chiffres plus complets, voir l’Anticapitaliste n°516.

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