L’Allemagne elle aussi touchée par le virus... et par les mesures au service des grandes entreprises

Au 16 mars, il y avait 7 150 cas avérés de Covid 19 en Allemagne, les trois régions les plus touchées étant la Rhénanie-du-Nord/Westphalie (2100 cas), le Bade-Wurttemberg (1500) et la Bavière (1100). Des yeux se fixent sur l’état de santé... d’autres surtout sur les cours de la bourse, qui dégringolent depuis un mois. Le DAX (CAC 40 allemand) est descendu de 13 789 points, le 19 février, à 8742 points, le 16 mars, soit une chute de 37%.

Le gouvernement est surtout préoccupé des grandes entreprises

Il n’y a pas de mesures de confinement pour le moment en Allemagne, mais depuis le week-end dernier, d’autres mesures ont été prises : fermeture des frontières (sauf pour les marchandises et les personnes travaillant à l’étranger), fermeture de tous les magasins qui ne vendent pas de l’alimentaire, fermeture des théâtres, cinémas, piscines, terrains de jeux etc. Les restaurants doivent fermer à 18 heures mais à Berlin ils le sont déjà complètement. Les tribunaux sont fermés pour deux semaines.

Le gouvernement insiste surtout sur son aide financière aux grosses entreprises. Quitte à parler de « nationalisations temporaires » ! « Pour éviter des faillites et sauver des centaines de milliers d’emplois, le ministre chrétien-démocrate Peter Altmaier (CDU) a annoncé ce vendredi 13 mars pouvoir envisager des prises de participation de l’État dans les grandes entreprises », pouvait-on lire dans Der Spiegel. Il ne faudrait pas que l’affaiblissement de fleurons nationaux favorise des requins étrangers concurrents ! Et pour que des entreprises ne tombent pas en faillite, le gouvernement a fait passer une loi qui ajourne toutes les déclarations d’insolvabilité.

Les grands de l’automobile, de la métallurgie et des transports 

L’industrie automobile – Volkswagen, Daimler et BMW – a annoncé l’arrêt de la production dans la plupart des sites en Europe. Apparemment chez VW, le mécontentement de travailleurEs s’est exprimé à l’idée de continuer à travailler dans le contexte sanitaire, avant que la fermeture soit annoncée. Chez BMW, les travailleurEs en chômage technique gardent 93 % de leur salaire net (c’est-à-dire que la boîte ajoute sa part aux 60 % payés par l’équivalent de Pôle emploi). Mais les intérimaires sont renvoyés en masse...

Comme les crèches et écoles sont déjà fermées, se pose partout le problème de la garde des enfants. Beaucoup d’entreprises essaient de « trouver des solutions » avec du télétravail ou en prenant sur le « compte épargne temps » voire sur les congés des salariéEs. À Berlin, chez Osram (métallurgie), plusieurs lettres ont été envoyées aux employéEs les incitant à « tout d’abord essayer d’organiser d’autres solutions pour la garde de leurs enfants » et, si cela s’avérait impossible, à « voir avec leurs supérieurs et leurs collègues si le télétravail reste possible ». Sinon à elles et eux de prendre sur leurs heures supplémentaires, d’accumuler un déficit sur leur compte de temps de travail, de prendre des congés ou… de rester chez eux sans salaire ! Osram a instauré un réseau social interne à la boîte, « OSRAM together », où les employés peuvent s’échanger des tuyaux sur la manière d’occuper les mômes et d’organiser à la fois l’instruction à domicile et le télétravail ! Mais la production continue et les sites restent ouverts – y compris un site en Bavière où un collègue a été testé positif sur le virus (il aurait eu « très peu de contacts personnels » sur place et donc « pas de danger pour les collègues restant y travailler »).

La Deutsche Bahn continue à nous rouler...

… avec quelques restrictions néanmoins. Les voyages en car sont interdits, les trains régionaux circulent moins et sans contrôle des tickets, le trafic grandes lignes continue pour l’instant. La BVG (RATP berlinoise) circule en « mode vacances » donc avec un peu moins de bus et de métros.

Pour la garde des enfants, la hiérarchie de la Deutsche Bahn est sur le même mode qu’Osram cité plus haut : essayer de trouver des solutions individuelles, ensuite parler individuellement avec les supérieurs et si pas d’autre solution, rester chez soi en étant payé mais avec le devoir de rattraper plus tard toutes les heures non travaillées. Les agentEs en danger (à cause d’autres maladies chroniques, etc.) peuvent rester chez eux, mais il n’est pas clairement dit qu’ils et elles n’auront pas à rattraper le boulot plus tard.

La communication officielle de la DB, c’est « Tout pour la santé du personnel », mais encore ? Le comité d’entreprise est en négociations avec la direction, et rien ne filtre. Des bureaucrates du comité ont juste appelé les collègues à ne pas se « piquer » mutuellement le savon et le PQ dans les WC !

Parmi les conducteurEs, il en existe qui pensent que les mesures corona sont exagérées, destinées à créer un climat de psychose. Mais en général les gens veulent se protéger, avoir la possibilité de se laver les mains et se désinfecter régulièrement. Des collègues emmènent leur désinfectant au boulot.

La santé est malade, comme partout...

Jusqu’à la semaine dernière, les hôpitaux fonctionnaient en mode « normal ». Mais ces jours derniers, toutes les opérations non urgentes ont été décommandées quasi systématiquement. Dans le grand hôpital de la Charité à Berlin (de la taille de la Pitié-Salpétriêre), il n’y a pas encore beaucoup de cas de corona. Mais les craintes du personnel grandissent, comme partout en Europe et pour les mêmes raisons de manque de matériel (les stocks ont été réduits ces dernières années car ce serait coûteux de stocker), de garde des enfants (des crèches spéciales sont ouvertes pour le personnel « indispensable » au maintien de la vie publique, dont les hospitaliers, mais en agrégeant tous les mômes, ne va-t-on pas aggraver la circulation du virus ?). Et reste surtout la pénurie de personnel. La colère des salariéEs de la santé perce donc déjà, en particulier contre des attitudes discriminatoires : un infirmier vient de protester par « lettre ouverte » à Angela Merkel et au ministre de la Santé Spahn, contre l’offre d’embauche de personnels de santé pour un centre spécial de combat contre le corona : aux médecins est offert un salaire horaire de 200 euros, aux infirmierEs de 30 euros.

Deux poids, deux mesures, comme partout. En Allemagne, tout arrive avec quelque retard par rapport à l’Italie, la Belgique ou l’Angleterre… les réactions collectives aussi mais elles ne sauraient tarder.

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