La Réunion : La Renyon dobout !

Après dix jours de grève à l’appel d’une large intersyndicale, les salariés de BNP Paribas viennent d’obtenir 18 euros d’augmentation mensuelle plus une prime de 700 euros annuelle...

Comme le souligne Paul Junot (CFTC) de l’intersyndicale, c’est encore loin des 26 % d’augmentation que s’est accordé le PDG de la banque, mais ces dix jours de grève ont permis un gain non négligeable et aussi aux salariéEs de redresser la tête face à une hiérarchie de plus en plus pesante. Dans le BTP, le mot d’ordre de grève pour des augmentations de salaire est là aussi fortement suivi. Le patronat ne voulait rien savoir au départ, mais propose 1,4 % en deux fractions, puis 2 % en trois fractions. L’intersyndicale parle de mauvaise plaisanterie et tient bon pour 3 %. Il faut signaler la forte présence de la fédération BTP de la CFDT, très présente dans la grève mais aussi présente dans les manifestations du 31 mars de Saint-Denis et Saint-Pierre contre la loi El Khomri. Et d’autres mouvements de grève ont affecté récemment notre île, dont celle des employés de Nicollin, du conseil général, de certains établissements scolaires...

Vers un nouveau cycle de lutte ?

C’est dans ce contexte que plusieurs milliers de manifestantEs ont défilé le 31 mars, avec une forte prédominance de la CGTR (CGT de La Réunion). Cela faisait longtemps que l’on avait pas vu cela. Des « Nuits Debout » se sont tenues ces derniers jours sur l’esplanade de Champfleuri à Saint-Denis en reflet des mobilisations françaises, d’autres sont déjà programmées pour la semaine prochaine à Saint-Paul. De belles occasions de rencontres militantes et d’échanges politiques.

Serait-ce donc le début d’un nouveau cycle de luttes et de mobilisations à La Réunion ? On se rappelle la flambée de 2009 dans le même temps que les Antilles, où durant plusieurs semaines, le Cospar (Collectif des organisation syndicales, politiques et associatives de La Réunion) avait articulé journées de grève, manifestations monstres et occupations de grandes surfaces contre la vie chère, pour des salaires. La crainte du pouvoir colonial a conduit à la mise en place de dispositifs de compensation salariale (prime de 100 euros/mois pour 60 000 salariéEs) et liste de prix bloqués pour une centaine de produits de première nécessité (riz, laitages...).

Sept ans plus tard, il ne reste plus rien de ces résultats et la critique de l’insuffisance de l’action syndicale s’est beaucoup développée. Et pour cause ! Aucun des problèmes de fond auxquels se confrontent notre île n’a connu un début d’amélioration : la moitié de la population active est sans emploi ou en « emploi » ultra-
précaire (« emploi vert »...), les déséquilibres du mal développement restent criants (avec toujours des importations massives), la présidence de région (UMP) persiste dans le projet pharaonique de la NRL (Nouvelle route du littoral), un ouvrage qui alimente les bénéfices de Vinci ou de Bouygues au détriment de l’avenir écologique de La Réunion... Une forme de désespérance (on ne peut rien faire pour changer les choses...) s’est donc faite jour.

Des perspectives pour les anticapitalistes ?

Le PCR de Paul Vergès est en voie de liquidation. Mais la seule alternative issue des décombres est le PLR (Pour La Réunion) de la députée de l’ouest, Huguette Bello. Si cette dernière a toujours tenu à marquer sa solidarité avec le mouvement syndical, avec les mobilisations, elle a été élue sous l’étiquette « majorité présidentielle » et a fait cause commune avec le PS aux régionales. Les ambiguïtés ainsi présentes n’ont pas permis au PLR de devenir une alternative réelle sur le champ politique réunionnais. D’ores et déjà, les échecs électoraux se succèdent, et le parti reste un regroupement d’élus et d’opportunistes.

Les anticapitalistes se sont repliés sur leurs activités syndicales ou associatives, estimant (à tort ou à raison) que la période ne permettait pas une intervention politique efficace. C’est peut-être ce point de vue qu’il va falloir changer, à la faveur du frémissement social qui semble se dessiner. Des faiblesses demeurent, en particulier sur la présence très limitée de la jeunesse lycéenne et étudiante trop souvent assommée par l’absence de perspective d’emploi et par les discours réactionnaires dont elle est abreuvée. Une autre difficulté récurrente est le lien trop faible entre l’activité gréviste et les mobilisations type « Nuit Debout ».

Aujourd’hui comme hier, le pari est pour les anticapitalistes d’opérer une jonction entre les pratiques de luttes dans les entreprises et les mobilisations plus globales, plus politiques. Ces deux éléments sont présents en ce moment. Gageons qu’une ouverture est possible.

De Saint-Denis, Philippe Azema

 

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