Italie : ni avec le gouvernement Salvini-Di Maio ni avec Bruxelles

Le désaccord entre le gouvernement italien et la Commission européenne qui conteste le projet de budget italien et menace l’Italie d’une procédure d’infraction aux règles européennes, est un conflit entre diverses composantes du capitalisme italien et européen qui restent toutes, cependant, dans le cadre libéral du choix de l’austérité.

Pas de remise en cause du libéralisme économique ni des logiques du marché capitaliste : le conflit porte sur la façon de distribuer la richesse produite par les classes laborieuses entre les différents secteurs de la classe dominante, entre la petite, la moyenne et la grande bourgeoisie. Cette opposition s’exprime aussi sur le plan politique, en vue des prochaines élections européennes, entre les forces libérales traditionnelles (centre droit et centre gauche) qui dirigent l’Europe depuis des décennies et les forces de droite, nationalistes et xénophobes, qui se sont nourries de la crise sociale. Au-delà des polémiques verbales, Bruxelles et Rome sont encore à la recherche d’un compromis qui permette à tous de sauver la face.  

Austérité

Le projet de budget porte le déficit du bilan italien à 2,4 %, au-delà de la « souplesse financière » déjà accordée par Bruxelles, mais ne rompt pas avec l’austérité (toutes les mesures des gouvernements précédents sont confirmées), tant il est vrai que les dépenses publiques restent inférieures aux recettes, ce qui entraîne un excédent primaire de plusieurs dizaines de milliards ; le déficit ne provient que des -intérêts de la dette. 

De quoi, au contraire, les travailleurEs auraient-ils besoin ? Que les entreprises et les riches paient  vraiment leurs impôts, qu’il y ait une augmentation des dépenses pour améliorer la santé, l’école, etc., que la contre-réforme des retraites soit supprimée, qu’il y ait des investissements publics pour créer des millions d’emplois stables… Mais aussi que l’on supprime le « Job Act » qui a détruit le droit du travail ; et que l’on réduise le temps de travail, sans réduction de salaire, pour créer des emplois.

Appauvrir et diviser

Aucune de ces mesures n’est prévue par le gouvernement : l’argent récupéré en augmentant le déficit servira à maintenir la réduction d’impôts accordée aux entreprises (40 milliards d’euros en trois ans), à introduire la « flat tax » à 15 % pour les petits et les moyens patrons et à offrir aux évadés fiscaux une nouvelle réduction d’impôts.

La modification très partielle de la contre-réforme des retraites permettra peut-être à des secteurs très limités de travailleurEs de partir en retraite avant 67 ans mais elle sera payée par les travailleurEs eux-mêmes par une réduction du montant des pensions d’environ 20 %.

Le « revenu de citoyenneté » pour celles et ceux qui n’ont pas de ressources se présente comme une simple aumône pour les pauvres, à la condition d’accepter tout type de travail et d’être disponible pour fournir une part de travail gratuit. Les migrantEs sont exclus de cette « bienfaisance » afin de diviser encore plus entre eux les travailleurEs et les chômeurEs, les ItalienEs et les migrantEs.

Pour récolter l’argent nécessaire, on prévoit de nouvelles coupes concernant la dépense publique, les services sociaux, l’école, la santé, les migrantEs. 

Réactionnaire et raciste

Le gouvernement de Salvini et Di Maio est le gouvernement des patrons, grands et petits, réactionnaire et raciste, antidémocratique, qui se prépare même à s’attaquer aux conquêtes fondamentales des femmes. Des résistances et des oppositions significatives commencent toutefois à se manifester. 

Contre la loi de finances, contre tout racisme, fascisme et nationalisme et, simultanément, contre le libéralisme et les politiques des institutions capitalistes européennes de Bruxelles, les travailleurEs doivent absolument reconstruire la mobilisation solidaire de touTEs, autochtones et migrantEs, pour défendre les conditions de vie, de salaire, d’emploi, et les bases de la démocratie elles-mêmes.

Le 10 novembre aura lieu à Rome une grande manifestation nationale appelée par des forces syndicales, politiques et sociales de la gauche autour du mot d’ordre : « Tous unis et solidaires contre le gouvernement, le racisme et le décret Salvini ».

Franco Turigliatto

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