Iran, révolutions et contre-révolutions

L’État iranien commémore à sa façon l’arrivée au pouvoir des mollahs en février 1979. Quant à la presse internationale, elle présente l’épisode comme le début d’une ère de souffrances pour l’Iran succédant au pouvoir éclairé du Shah. Il n’y a pas de doute : le régime iranien actuel est bien un régime d’oppression et de corruption sous des dehors religieux. Mais l’histoire n’a pas commencé en 1979.

Tout le 20e siècle est marqué, en Iran, par des luttes populaires souvent brisées par la répression. En 1951, suite à la multiplication des grèves, le Shah est obligé de nommer comme Premier ministre le dirigeant nationaliste Mossadegh. Celui-ci nationalise le pétrole, déchaînant l’enthousiasme populaire. La CIA organise un coup d’État en 1953. La répression contre la gauche est impitoyable. En 1964, l’ayatollah Khomeiny est exilé mais ses disciples continuent à agir clandestinement. Ils puisent leur forces dans la petite-bourgeoisie traditionnelle (le bazar) qui se sent marginalisée par le Shah.

Dans les années 1970, les universités sont en effervescence, les grèves se multiplient, et la population des bidonvilles se mobilise contre les expulsions. En octobre 1978, les grèves ouvrières prennent une tournure de plus en plus politique. Dans le secteur du pétrole se créent des comités de grève qui organisent nationalement la baisse puis l’arrêt de la production. Finalement, le Shah part en exil le 16 janvier 1979. Une insurrection populaire a lieu à Téhéran du 9 au 13 février 1979. On assiste dans les entreprises à une explosion de comités, de syndicats et de conseils ouvriers. Mais il manque une force politique, à la fois suffisamment implantée et ayant une claire conscience des enjeux.

Khomeiny, revenu le 1er février 1979, est le seul à disposer d’un appareil politique et devient le dirigeant du pays. Le gouvernement pro-Khomeiny désarme la population et met sur pied des milices islamistes. Une République islamique est instaurée avec le soutien d’une partie de la gauche, notamment du Parti communiste.

Le pouvoir politique, désormais sous le contrôle étroit des autorités religieuses, se retourne contre les organisations de gauche, qui sont interdites. Les femmes manifestant à l’occasion du 8 mars 1979 sont violemment agressées. Les travailleurEs qui osent revendiquer sont persécutés. Plus de 30 000 opposantEs sont exécutés entre 1981 et 1989.

Depuis, au milieu des pires difficultés, une partie de la société iranienne n’a cessé de se dresser contre le régime. La fin de l’année 2017 et le début de 2018 ont ainsi été marqués par une vague de luttes populaires, notamment en province. Malgré la répression (et le climat créé par le blocus US), les femmes se dressent contre l’obscurantisme tandis que des luttes ouvrières se développent à nouveau dans les entreprises...

HW

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