Iran : Pour les peuples, rien de bon dans les urnes...

Les Iraniens sont appelés à voter ce 19 mai pour élire le futur président de la République islamique. Au cas où aucun candidat ne pourrait obtenir plus de 50 % des suffrages, un second tour aura lieu le 26 mai.

Dans le cadre de la République islamique d’Iran, les « élections » présidentielles ont deux fonctions majeures. La première est de mettre en scène le prétendu soutien de la population aux institutions de la mollahrchie. Et de ce point de vue, l’ensemble des courants du régime et leurs candidats y trouvent un intérêt commun. De ce fait et à n’en pas douter, le pouvoir annoncera une forte participation. La seconde est de donner l’idée d’un arbitrage démocratique entre les différentes sensibilités qui se partagent le pouvoir et la rente pétrolière depuis 1979, et ce en fonction des équilibres internes.

Le gagnant de « l’élection » présidentielle est avant tout désigné par le Guide et la direction des Gardiens de la Révolution. D’ailleurs, les candidats sont triés sur le volet et beaucoup sont éliminés par le Conseil des Gardiens de la Constitution. Ainsi, 1 636 candidatEs, dont 137 femmes, ont été rejetés par le Conseil. Chose qui pourrait paraître surprenante, l’ancien président de la République Mahmoud Ahmadinejad a été interdit de concourir par le Conseil des Gardiens de la Constitution. Or, la République islamique d’Iran est sans doute un des seuls régimes au monde qui a estimé que ses anciens présidents n’ont pas les qualifications religieuses et morales suffisantes pour pouvoir prétendre une nouvelle fois aux fonctions présidentielles…

Candidats : peu de réelles divergences

Au final, six candidatures ont été validées : Hassan Rohani, le président sortant, Eshaq Jahangiri, premier vice-président de Hassan Rohani, Mostafa Hashemitaba, ancien ministre des Mines et de l’Industrie, Mohammad Bagher Ghalibaf, maire de Téhéran, et le religieux Ebrahim Raïssi, gardien du mausolée de l’imam Reza et de ce fait directeur d’une des plus grandes et des plus riches fondations religieuses du monde. Cette fondation, connue sous le nom de Astan Ghods Razavi, détient environ 20 milliards d’euros d’actifs. Il est également l’ancien procureur général de la République islamique et responsable des exécutions de milliers d’opposants en 1988. Il est toujours procureur spécial du tribunal du clergé, chargé de juger les délits des religieux. Peu connu du grand public, sa candidature vise à préparer la succession du Guide Khameneï âgé de 78 ans. 

Parmi les candidats, le président sortant Rohani et Raïssi font figure de favoris. Rohani a négocié l’accord sur le programme nucléaire et a obtenu une levée partielle des sanctions internationales. Il a promis tout au long de son mandat une amélioration de la situation économique et sociale qui n’est pas venue pour l’immense majorité de la population. 

La campagne électorale a donné lieu à des « débats » télévisés où les candidats n’ont pas tari en invectives les uns envers les autres. Les accusations de corruption ont été particulièrement violentes, et les candidats n’ont pas hésité à brandir des preuves de la corruption de leurs adversaires et de leurs proches. Il faut dire que la caractéristique la mieux partagée au sein du pouvoir est bien celle de la corruption et du détournement des richesses du pays. Les divergences réelles sont très faibles. À tel point que le candidat Ghalibaf vient de se retirer de la course au profit de Raïssi. De son côté, Rohani devrait bénéficier du retrait de son premier vice-président Eshaq Jahangiri...

Appel au boycott

Les peuples d’Iran ne se font guère d’illusions. Ils n’attendent rien de cette farce électorale. Les revendications sociales et démocratiques nombreuses ne trouvent d’autres réponses que celle de la répression la plus violente, et ce quel que soit le clan qui remportera ce scrutin.

Ainsi, durant le mandat de Rohani, près de 3 500 personnes ont été exécutées par le régime dictatorial des mollahs. Rohani – que l’on présente comme un « modéré » – fait réprimer régulièrement les mobilisations sociales. De nombreux syndicalistes croupissent dans les prisons de la République islamique, souvent condamnés à de lourdes peines pour avoir mené des grèves ou lutté pour que les salaires soient payés.

Les minorités nationales, notamment les Kurdes, sont régulièrement réprimées par les Gardiens de la Révolution qui entretiennent des rapports de coopération avec la Turquie d’Erdogan. Quant à la politique étrangère et régionale de la République islamique, elle est aux mains du Guide et des Gardiens de la Révolution.

Les forces d’opposition en exil appellent au boycott de ce scrutin, à juste titre car les peuples d’Iran et ceux de la région n’ont rien à y gagner.

Babak Kia

 

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