Iran, Irak, Liban : les manifestations populaires se poursuivent

En représailles à l’assassinat de Qassem Soleimani, l’Iran a lancé des missiles balistiques sur des bases US en Irak, faisant des victimes irakiennes et non étatsuniennes. Cependant, les efforts du régime iranien et de ses alliés en Irak et au Liban pour tenter de faire dérailler ou mettre fin aux manifestations n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs pour l’instant.

En Iran, de nouvelles mobilisations massives

En Iran, de nouvelles manifestations de grande ampleur sont survenues après la reconnaissance par le gouvernement iranien de sa responsabilité, qu’il a dans un premier temps démentie, dans le crash d’un avion ukrainien au-dessus de Téhéran. Un missile iranien a abattu par erreur l’avion civil, quelques heures après les attaques de missiles iraniens contre des bases américaines en Irak. La grande majorité des 176 passagerEs de l’avion ukrainien étaient des IranienEs ayant la double nationalité, qui rendaient visite à leur famille pendant les vacances d’hiver et retournaient au Canada ou en Grande-Bretagne.

Les manifestantEs à Téhéran, et dans de nombreuses villes du pays, ont exprimé leur solidarité avec les familles en deuil des passagerEs et de l’équipage, et ont également lancé des slogans hostiles contre les dirigeants de la République islamique d’Iran et du Corps des Gardiens de la révolution (Pasdaran), y compris le Guide Suprême Ali Khamenei, aux cris de « Mort au dictateur ». Les portraits de Soleimani ont également été déchirés, brisés et enlevés par les manifestantEs, tandis que la demande de la chute de Khamenei et du régime retentissait dans les rues. La répression a été violente, avec l’arrestation de plus d’une trentaine de personnes et des vidéos sur les réseaux sociaux montrant la police réprimant des manifestantEs avec des matraques et des coups de feu, faisant de nombreux blesséEs.

Des artistes et des intellectuelEs se sont joints à la protestation en annulant leur participation aux festivals de Fajr (musique, cinéma, théâtre et arts visuels) qui ont lieu chaque année en février, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique.

Le Guide suprême Ali Khamenei a répondu par un discours de fermeté contre les États-Unis et les États européens, et contre la contestation populaire, tout en louant le rôle des Gardiens de la révolution iranienne et du général Soleimani. De son côté, le président Rohani a tenu un discours plus modéré en plaidant pour une meilleure gouvernance et davantage de pluralisme et de transparence.

En Irak et au Liban, la résistance populaire se maintient

Au Liban et en Irak, les manifestations populaires continuent également, même si la répression augmente.

En Irak, l’Iran et ses alliés dans le pays tentent toujours de détourner le mouvement de contestation populaire en limitant leur demande au départ des troupes étatsuniennes, sans aucun changement du système politique confessionnel et néolibéral irakien. Le leader fondamentaliste islamique chiite Moqtada Sadr a notamment organisé à une manifestation massive pour dénoncer la présence américaine en Irak et demandé à ses supporters (qui ont participé aux protestations et installé des tentes sur la place principale de Bagdad) de quitter les lieux pour rejoindre son mouvement.

Un nouveau Premier ministre a été nommé, Mohammad Taoufik Allaoui, 65 ans, ancien ministre de la Communication à deux reprises, sous le gouvernement de Nouri al-Maliki (qui est une personnalité pro-iranienne), d’abord entre 2006 et 2007, puis entre 2010 et 2012. Même si Allaoui a affirmé qu’il tiendrait compte des demandes des manifestantEs, il a néanmoins aussitôt été rejeté par le mouvement de protestation populaire comme issu de la scène politique traditionnelle confessionnelle. De nombreuses manifestations ont eu lieu à Bagdad et dans d’autres villes, dans le sud, pour rejeter cette nomination. 

Moqtada Sadr a apporté son soutien au nouveau Premier ministre, tandis que ses partisans ont attaqué violemment des manifestantEs du soulèvement populaire dans plusieurs villes qui refusaient de reconnaître Allaoui et les ont accusés d’être à la solde des États-Unis, causant la mort d’un manifestant et plusieurs blessés. Sadr a également ordonné à ses partisans de se coordonner avec les forces de sécurité pour rouvrir les routes et les écoles, prenant le contrepied des protestataires. L’Iran a de son côté applaudi la nomination de M. Allaoui. 

Malgré les pressions et les menaces, les manifestations et les actions de désobéissance civile se poursuivent à Bagdad et dans de nombreuses villes du sud, tout en dénonçant les actions des États-Unis et de l’Iran qui cherchent à transformer le pays en une zone de règlement de comptes au détriment des classes populaires du pays et de leurs luttes. Presque 500 personnes, en grande majorité des manifestantEs, ont été tuées depuis le début du soulèvement populaire le 1er octobre.

Au Liban, la révolte populaire contre la classe dirigeante confessionnelle et néolibérale est entrée dans son quatrième mois de lutte, malgré la formation d’un nouveau gouvernement à la mi-décembre, avec une nette tendance à la radicalisation, comme en témoignent les attaques presque quotidiennes contre le siège de la Banque du Liban et d’autres banques privées, et les altercations de plus en plus violentes avec les forces de l’ordre. La répression s’est considérablement renforcée contre les manifestantEs, avec plusieurs centaines de blesséEs lors du weekend du 18–19 janvier. En même temps, les classes populaires au Liban font face à une crise économique de plus en plus grave, avec notamment des restrictions bancaires draconiennes et une perte de plus de 60 % de la valeur de la monnaie nationale.

Face aux tensions géopolitiques instrumentalisées par la puissance impérialiste des États-Unis et des puissances régionales telles que l’Iran, les classes populaires en lutte restent la boussole des progressistes et internationalistes à travers le monde.

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