Hong Kong : où en sont les mobilisations ?

L’impasse politique est telle que toutes les hypothèses restent ouvertes. En attendant, le mouvement ne cesse de se renforcer, avec une alternance de mobilisations de masse et d’actions radicales bénéficiant du soutien persistant de la population. Un boycott des cours par les étudiantEs et élèves de lycée a eu lieu dès la rentrée, lundi 2 septembre1.

Face à la mobilisation, la répression se déchaîne, mais le pouvoir de Pékin n’a jusqu’à présent marqué que deux petits points :
– les milieux d’affaires ne montrent plus la moindre sympathie envers le mouvement, suite à la menace de se voir interdire l’accès au marché chinois,
– il a réussi à mobiliser une partie de ses partisans à Hong Kong et dans ­certains pays, dont divers « campistes ».

Trois grandes étapes

1) En juin, un million puis deux millions de personnes sont descendues dans la rue. Ce dernier chiffre représente plus de la moitié des habitantEs en âge de manifester. Face au mépris des gouvernements de Hong Kong et de Pékin, des actes violents ont alors commencé à se produire.
2) Début juillet, des jeunes radicaux ont bloqué des bâtiments officiels, puis pénétré de force dans le bâtiment du Conseil législatif. Le pouvoir espérait que l’opinion se retournerait contre eux. Mais c’est c’est le contraire qui s’est produit.
Le pouvoir a alors tenté une nouvelle tactique en collaboration avec la mafia. Celle-ci a sauvagement agressé les personnes présentes dans une gare de banlieue à l’heure de retour d’une grande manifestation en ville. Résultat, même les plus modéréEs se sont mis en colère. Le mouvement s’est à la fois élargi et encore davantage radicalisé.
La manifestation du 27 juillet a été encore plus significative. Pour la première fois, la police avait refusé de l’autoriser. En temps ordinaire, la population aurait accepté cette interdiction. Au lieu de cela, des centaines de milliers de personnes se sont rebellées et sont descendues dans la rue. C’était la première fois qu’un tel niveau de désobéissance civile avait lieu.
3) La centrale syndicale HKCTU a alors lancé un appel à la grève générale pour le 5 août. On estime que 300 000 ou 400 000 personnes y ont participé. Le transport aérien a été particulièrement touché. Simultanément, des manifestantEs ont bloqué une grande partie des réseaux ferrés. Dans la foulée, des manifestations ont eu lieu tous les 2 ou 3 jours, et les occupations de l’aéroport se sont multipliées. Le 17 août, 1,7 million de personnes sont à nouveau ­descendues dans la rue.
En août, les violences policières se sont amplifiées. Dans le transport aérien au moins 20 salariéEs ont été licenciés depuis juin, dont la présidente d’un des syndicats. Dans les derniers jours d’août, plusieurs responsables politiques ont été arrêtés.

Les composantes du mouvement

1) Les partis politiques sont très faibles. Mais ils ont assuré la cohérence du Civil Human Rights Front qui regroupe des syndicats, des ONG, et des partis. Ce front a servi de structure référente des manifestations. Le Front n’a pas joué de rôle réellement dirigeant : il a toujours attendu que la jeunesse radicale impulse le passage à un niveau supérieur. Mais sans ce front, les jeunes radicaux se seraient retrouvéEs très isoléEs.
2) La jeunesse constitue la majorité des manifestantEs. Parmi elles et eux, une dizaine de milliers veulent en découdre avec la police et mettent en place des modes d’organisation innovants. Des milliers d’autres jeunes ne sont pas prêts à en faire personnellement autant, mais fournissent les visières, les casques, l’eau…
Les jeunes mobilisés croient sincèrement en la démocratie. Il est rare qu’ils et elles soient membres d’organisations politiques. Leurs orientations politiques sont diverses, une minorité est par exemple xénophobe à l’égard des ChinoisEs du continent.
3) Extrêmement peu de grèves ont habituellement lieu, et ce uniquement sur des revendications économiques. En un peu plus d’un mois, HKCTU a appelé deux fois à la grève générale politique.
Face à la répression, la solidarité internationale est plus que jamais nécessaire.

Dominique Lerouge

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