Hong Kong : « Il ne sera pas facile de dissuader Pékin d’imposer sa politique agressive à notre égard »

Entretien avec Au Loong Yu, militant et écrivain.

Peux-tu nous parler de la situation actuelle à Hong Kong ?
La situation actuelle n’est bien sûr pas bonne : le gouvernement de Pékin est de plus en plus agressif et attaque l’autonomie de Hong Kong. Tout d’abord, il y a quelques semaines, 15 dirigeantEs « pan-­démocrates » ont été la cible de ses attaques. Ils et elles ont toujours été très modérés. Le pouvoir de Pékin s’en était déjà pris à eux et elles, par le passé, mais il ne les avait jamais poursuivi au pénal.

Pékin est conscient que ces dirigeantEs « pan-­démocrates » ont de bonnes relations avec les gouvernements britannique et américain. Pékin a été tolérant envers elles et eux pendant plus de 20 ans, mais maintenant, il a cessé de l’être. Ils et elles ont donc été arrêtés et inculpés pour rassemblement illégal.

Par ailleurs, de façon plus générale, Pékin et le gouvernement de Hong Kong (qui n’est que sa marionnette) tentent d’utiliser la pandémie actuelle pour réprimer l’opposition, et en particulier celle venant d’en bas. Invoquant la pandémie, ils ont par exemple interdit tout regroupement de plus de quatre personnes. Maintenant que la pandémie est sous contrôle, cette interdiction a été un peu assouplie, et la limite a été portée à huit personnes.

Depuis un peu plus de deux semaines, il semble qu’il n’y a pas eu de nouveaux cas d’origine locale. Mais même si la pandémie semble être désormais contenue à Hong Kong, il semble très probable que le gouvernement de Hong Kong va continuer à interdire les rassemblements dans la durée.

Et que va-t-il se passer dans un mois, où ont habituellement lieu nos rassemblements du 4 juin, qui attirent généralement des centaines de milliers de personnes pour commémorer le massacre du 4 juin 1989 à Pékin ? Nous craignons que ce soit la première année où nous ne pourrons pas commémorer cet événement, en raison de cette interdiction de se réunir imposée par le gouvernement.

Donc, si le gouvernement décidait d’interdire le rassemblement de masse du 4 juin, il nous mettrait au défi de savoir si nous osons pratiquer la désobéissance civile afin d’organiser tout de même cette commémoration. Mais à cause de la pandémie, les gens sont toujours inquiets. Nous sommes donc face à un dilemme.

Quel est le projet de Pékin concernant Hong Kong ?
Je pense que celui-ci est maintenant tout à fait clair : supprimer complètement l’autonomie de Hong Kong dans un délai très court, peut-être 5 ans, peut-être 10 ans. Sa capacité à le mettre en œuvre dépend bien entendu de l’attitude de l’opposition, de l’intensité de la résistance, etc. Mais il ne sera pas facile de dissuader Pékin d’imposer sa politique agressive à notre égard.

En fait, il est assez intéressant de chercher à comprendre pourquoi le pouvoir de Pékin devient tellement agressif qu’il cible même aujourd’hui ses anciens alliés. Il est intéressant de savoir qu’auparavant, les magnats de Hong Kong ont toujours été ses alliés.

Aujourd’hui, ils le sont toujours de façon limitée, mais certains magnats locaux sont actuellement la cible d’attaques de Pékin, en particulier les grands propriétaires fonciers et les promoteurs immobiliers. Bien sûr, ces derniers ne sont pas les amis des travailleurEs. Ils constituent une partie importante de la classe supérieure conservatrice.

D’un côté, le fait qu’ils soient visés également par Pékin pousse davantage de gens à rejoindre le camp de l’opposition et à élargir sa base. En effet, beaucoup de gens, beaucoup de personnes appartenant aux « classes moyennes » sont en colère contre ces arrestations. Ce premier aspect est donc très intéressant.

Mais d’un autre côté, cet élargissement de l’opposition crée une difficulté. Ces derniers temps, en effet, nous avons pu constater que les ailes conservatrices de l’opposition se font de plus en plus entendre, se renforcent et deviennent de plus en plus conservatrices. Leur orientation peut, dans un certain sens, entrer de façon croissante dans la catégorie de ce qui est appelé à Hong Kong le « localisme ». C’est-à-dire un certain racisme à l’égard des ChinoisEs du continent. Il est donc nécessaire de combattre ce genre d’éléments conservateurs.

Propos recueillis à l’occasion du meeting en ligne du NPA organisé le 10 mai.

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