Guadeloupe : Les travailleurs de la banane ont gagné !

Au terme de 42 jours de grève, de manifestations et d’actions diverses, les travailleurEs des plantations de banane de la Guadeloupe ont gagné leur combat.

Cette grève a constitué un événement social important, complètement occulté dans la presse de métropole, où pas un mot n’a filtré sur ce conflit qui a duré plus d’un mois et qui a occupé la scène sociale de l’île. 

La grève a démarré le 18 mai (voir l’Anticapitaliste n° 387) à la suite d’une victoire obtenue par les travailleurEs de la plus importante plantation de Guadeloupe, la SA Bois Debout. La justice a en effet condamné le patron à payer les sommes indûment retenues sur leurs salaires. Les rappels de salaires s’élevaient entre 10 000 et 20 000 euros. Les travailleurEs de vingt grandes plantations se sont mis en grève dans la foulée. Les revendications ? L’application de la loi de 1989 sur la mensualisation prévoyant que tous les ouvrierEs doivent au moins gagner le Smic mensuel, ce qui n’est pas le cas, certainEs étant même payés à la tâche – ce qui est interdit – et l’amélioration des conditions de travail. 

En effet, le travail sur les bananeraies entraîne nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles, et les conditions sont indignes. Il n’y avait par exemple pas d’eau potable jusqu’à peu dans les plantations, pas de vêtements de travail ni d’outils fournis, pas de protection dans la manipulation de produits dangereux. Les régimes de bananes étant très lourds, les charges portées par les ouvrierEs sont considérables : par exemple, un arrimeur transporte quotidiennement l’équivalent du poids de 36 voitures ! Les raisons de la grève étaient donc nombreuses.

La vigilance s’impose encore

La grève a été particulièrement active et déterminée. Elle a été animée par un comité de grève soutenu par la CGTG, et toutes les actions ont été ainsi discutées et décidées collectivement. Pendant ces 42 jours, des actions de blocage, distributions de tracts, collectes d’argent et meetings, ont été organisés. Les grévistes ont beaucoup marché, de plantation en plantation, afin de convaincre leurs camarades de rejoindre le mouvement. Et cela a marché !

La détermination des grévistes ne faiblissant pas, des stocks considérables de bananes ne pouvant arriver au port, les patrons ont été contraints de céder le 28 juin. Ils se sont engagés à appliquer la loi de mensualisation, à rembourser les sommes indûment retenues sur les salaires, à payer les jours de grève, et à améliorer les conditions de travail. Le 3 juillet, les salariéEs ont ainsi touché un acompte de 700 euros promis pour le paiement des jours de grève, à part dans deux plantations, qui font de la résistance. La solidarité des autres plantations joue à plein et des actions sont menées pour faire céder les récalcitrants.

Ces grands planteurs, des assistés subventionnés par l’Europe, et la région, n’aiment pas se voir obligés de céder. Mais les travailleurEs de l’île sont habitués à ces pratiques et continuent d’être vigilants.

Régine Vinon

 

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