Grèce : Un faux débat, une vraie question

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Le débat politique de la fin d’année aura été instructif : estimant que la politique suivie par le gouvernement Syriza-ANEL débouchait sur un excédent de 900 millions d’euros, Tsipras a donc décidé de verser une prime aux 1,6 million de personnes touchant une retraite basse (sur 11 millions d’habitantEs)...

La somme affectée (620 millions) revient à un versement d’environ 300 euros pour la plupart d’entre elles (retraite brute entre 550 et 850 euros !), 600 euros pour les retraites de 250 euros ! Cet acte, bien en deçà des besoins, a provoqué deux séries de réactions, mais sans intervention du mouvement de masse.

La droite et la troïka : interdiction de tousser !

Les instances européennes ont comme d’habitude été diverses, tournant autour de la menace d’annuler le prochain examen de la dette (qu’il ne s’agit pas bien entendu de réduire, mais dont les contraintes de versement très serrées pourraient être étalées dans le temps). D’un côté, Schaüble et son courant rappelant que le gouvernement grec n’a aucune autonomie de décision et qu’il fallait demander l’autorisation de ce versement ; d’autres, comme Moscovici, acceptant ce « cadeau » rendu possible par les textes à partir du moment où il y a excédent … mais surtout du fait que cela ne remet pas du tout en cause l’application du mémorandum qui va se traduire dès le début janvier par des hausses de prix (impôts, carburant, téléphone, café, cigarettes) !

Comme il nous y a habitués, Syriza prétend distinguer dans l’UE des « amis » et des « ennemis », sa tactique étant de jouer le bon élève. Ainsi le ministre Tsakalotos vient d’écrire une lettre aux instances de l’UE pour expliquer que cet acte ne consiste pas en un 13e mois (des dirigeants de Syriza affirment le contraire !) mais en une gratification exceptionnelle (car si finalement il n’y avait pas d’excédent, il s’engage à « couper dans les retraites » !) et que si l’occasion devait se reproduire, la Grèce en discuterait d’abord avec les dirigeants européens...

La droite, en tête dans les sondages, a dû mal à trouver comment réagir : toute honte bue, elle parle de lettre humiliante pour la souveraineté nationale... En même temps, elle n’a pas voté la mesure pour les retraités, et s’est d’ailleurs divisée, trop impatiente de provoquer des élections et comptant sur l’UE pour l’aider !

La position la plus claire reste celle du FMI. Sans se prononcer sur cette mesure, celui-ci rappelle l’urgence à ses yeux de prendre deux mesures : baisser le seuil des non-imposables en dessous de 5 000 euros de revenu annuel... et baisser les pensions, qui ont moins diminué que les salaires !

Plan de (dé)route de Syriza : des réactions à gauche

Cet épisode est à replacer dans un plan plus large : Syriza veut démontrer que ce gouvernement pourrait à la fois adopter quelques mesures sociales et remplir les exigences de la troïka ! À l’heure où de plus en plus de jeunes souhaitent quitter le pays, il est donc tout à fait juste d’expliquer comme le font le KKE, Antarsya ou Unité populaire (LAE) que cette mesure sur les retraites n’est qu’une infime part de tout ce qui a été volé pendant des années à la population, mais aussi, comme le dit en particulier Antarsya, qu’elle vise à faire croire que les mémorandums pourraient devenir plus supportables avec quelques doses de philanthropie !

Cela dit, devant les réactions plutôt favorables des retraités concernés, pourquoi ne pas lancer une large mobilisation dans la rue sur ce thème unifiant ? Un vrai 13e mois pour les retraites, des salaires et des retraites décents pour toutes et tous, ce n’est pas un cadeau, c’est un dû !

D’Athènes, A. Sartzekis

 

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