Grèce : quelle mémoire de 1917 ?

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Chaque 17 novembre, en Grèce, la révolte des étudiantEs de l’École polytechnique d’Athènes contre la junte des colonels en 1973 est une commémoration de masse. L’hommage à la mémoire des étudiantEs tués gêne à l’évidence la bourgeoisie, qui aimerait neutraliser ce rendez-vous toujours très politique. Cette année, l’anniversaire coïncidant avec les 100 ans de la révolution soviétique, la gauche anticapitaliste Antarsya avait décidé d’organiser deux soirées de débats à Polytechnique. Retour sur la première d’entre elles.

Au programme de la première soirée, Octobre 1917, avec des intervenants de plusieurs pays, dont notre camarade Patrick Le Moal. Quand on connaît l’importance de la gauche grecque, toujours dominée par le KKE (PC grec), mais aussi avec l’influence du mouvement anarchiste et d’Antarsya (avec dans ses composantes la grosse organisation NAR, issue de la scission de la jeunesse du KKE en 1989), l’enjeu d’un retour sur la révolution soviétique est évident. 

Contre le récit stalinien

En effet, le KKE garde une analyse 100 % stalinienne : dans un entretien au journal Efimerida ton Syntakton, son chef Koutsoumbas explique que Trotski voulait une pause fatale dans la construction du socialisme en URSS, que l’on peut historiquement rechercher quelques faiblesses et erreurs dans les années 1930, mais que les procès de Moscou ne sont jamais que l’expression classiquement dure du combat de classes dans les périodes révolutionnaires et que la « stalinologie » n’a en fait d’autre but que d’injurier cette période où se sont mises en place les bases du socialisme…

Cela peut sembler risible, mais le KKE fait ce récit dans de gros meetings, d’où l’importance d’un débat de fond dans toute la gauche. NAR a commenté ces propos dans son journal, soulignant que ce « récital » tentait de justifier l’injustifiable, rappelant l’anéantissement des révolutionnaires sous le régime stalinien, mettant en garde pour l’avenir contre cette théorie des révolutions qui mangent leurs enfants. L’article rappelle aussi la lettre de Lénine insistant sur la nécessaire mise à l’écart de Staline : Koutsoumbas, lui, indiquait seulement que Lénine critiquait une tendance de Trotski à l’autosatisfaction, sans mentionner Staline ! Ce que met aussi en cause NAR, c’est le simplisme des explications (tout allait bien sous Staline mais après sa mort, des opportunistes ont favorisé des couches sociales ayant intérêt à restaurer le capitalisme) alors que la période actuelle exige évidemment un réexamen précis de l’URSS. 

Antarsya veut ce débat, nécessaire car l’enjeu est à la fois une relance dynamique du mouvement de masse – à l’heure où le rapport de la Cour des comptes européenne montre que les mémorandums étaient une stupidité économique – et le renforcement d’une gauche anticapitaliste large, éloignée des intérêts boutiquiers et ouverte à la discussion avec les militantEs du KKE, de LAE, de différents groupes anarchistes. À noter : des encagoulés apolitiques s’étant enfermés dans Polytechnique, l’initiative « Octobre 1917 » a eu lieu ce soir-là… dans la rue !

À Athènes, A. Sartzekis

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