Grèce : Mobilisation nationaliste, confusion politique

Après celles de 1992, les récentes mobilisations nationalistes en Grèce sur la question macédonienne (voir l’Anticapitaliste n°415) vérifient que l’histoire ne se répète pas, mais bafouille… Elle n’en est pas pour autant moins lourde de danger. 

Triste constante : au lieu de mobiliser en masse contre les projets menaçants de l’OTAN, qui veut régler les différends entre pays des Balkans pour mieux intégrer la région dans ses projets guerriers, la gauche laisse se développer un dangereux nationalisme, qu’elle partage en partie, souvent sous couvert d’anti-impérialisme : ainsi, le KKE (Parti communiste) s’inquiète des visées « expansionnistes » de l’État macédonien, un dirigeant d’Unité populaire (LAE) se réjouit des rassemblements, et Zoé Konstantopoulou, ex-présidente (Syriza) du Parlement, y appelle !

L’extrême droite en embuscade

Les différences entre la flambée nationaliste de 1992 et celle de 2018 sont fortes. Beaucoup moins de monde d’abord : entre 200 000 et 300 000 personnes à Athènes le 4 février, ce qui est certes imposant mais moins qu’à l’été 2015 quand la gauche se rassemblait pour le non au référendum, avec très peu de jeunes, une organisation hétéroclite (associations de l’étranger, anciens militaires, religieux, etc.). Mais surtout, on voit la gêne des appareils politiques (et ecclésiastiques !), avec le dirigeant de la droite coincé entre son extrême droite au sein du parti et sa volonté de respectabilité aux yeux de l’UE et de l’OTAN. 

Cette mobilisation montre ainsi ses faiblesses, et les vedettes du rassemblement d’Athènes ont été des orateurs inconnus, porte-­parole de fait du nationalisme grec, comme ce moine qui appelait les manifestants à aller « récupérer » les territoires grecs « volés » en Macédoine, en Albanie, en Turquie, ainsi qu’Aube dorée. Sans oublier celui que certains voient toujours comme un symbole national de la gauche démocratique, le compositeur Mikis Theodorakis, auto­proclamé « patriote internationaliste ». Sa participation annoncée a permis de grossir la foule, dont une bonne partie semble oublier que le personnage, héroïque pendant une partie de sa vie, est depuis longtemps passé dans le camp de la réaction (ministre de droite). Même s’il est très vieux, on ne lui pardonnera pas d’avoir parlé de « fascistes de gauche » à propos de Syriza, et d’avoir qualifié les nazis de « patriotes juste un peu portés sur la bagarre », se faisant ainsi acclamer par les chefs nazis présents au rassemblement. 

Mobilisation antifasciste

Flairant le bon coup, les nazis venus de toute la Grèce ont voulu frapper fort, en tentant dès le samedi 3 février de manifester depuis leur local central : ils en ont été empêchés par une manifestation énergique de 2 500 personnes, appelée par la coordination anti­fasciste, Antarsya, LAE (sans Lafazanis), des libertaires… Et face au risque que, le dimanche, les nazis réitèrent leurs crimes (lors de la manifestation de Salonique, ils avaient incendié une maison occupée), un rassemblement était organisé (entre autres par OKDE Spartakos et des libertaires) près du meeting nationaliste, et le quartier d’Exarcheia, où de nombreux réfugiés ont été installés dans des locaux inoccupés, était sous la haute protection de groupes notamment anarchistes. La leçon antifasciste du samedi et la mobilisation du dimanche ont permis d’éviter les attaques. 

La bataille continue bien sûr, et elle doit maintenant combiner l’axe antinationaliste et anti-OTAN avec les mobilisations antiracistes, comme celle du 17 mars. 

À Athènes, A. Sartzekis

 

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