Grèce : intensifier la riposte unitaire face aux attaques de la droite

Le gouvernement grec, en place depuis juillet, a certes opéré deux ou trois reculs par rapport à ses promesses électorales, et cela a quelques conséquences : impatience de l’aile d’extrême droite, grogne et menaces du courant du nationaliste Samaras, ex-Premier ministre (2012-2015). Mais cela n’empêche : le Premier ministre Mitsotakis applique avec constance sa politique anti-ouvrière et anti-démocratique.

Cet été, Mitsotakis a procédé à de très nombreuses nominations à sa solde, faisant dépendre de lui la radio-télé publique et les services secrets… L’asile universitaire, acquis du mouvement étudiant anti-­dictature, a été supprimé. Et le gouvernement s’apprête à vendre des secteurs publics (aéroport, menace sur l’entreprise d’électricité…), ce qui bien sûr n’empêche pas les hausses de prix.
La prochaine étape, c’est le vote d’une « loi de développement », qui est un cadeau au patronat (convention d’entreprise ou mieux, pas de convention, renforcer le travail partiel) et un flicage des syndicalistes (obligation de données au ministère du Travail, vote électronique pour décider d’une grève.)… L’ennemi, c’est le travailleurE  !

À gauche : on fait comme avant ?
Face à l’opération rouleau compresseur de la droite, la gauche semble peu disposée à engager l’indispensable rassemblement des forces. Si Syriza condamne les attaques de la droite, on la voit bien peu dans la rue. Sa réflexion sur son devenir montre bien la contradiction : si elle a une très forte influence électorale, Syriza reste un parti de cadres (gouvernementaux), et ses appels pour se transformer en parti (tendance social-démocrate) de masse restent pour l’heure sans effet. Le KKE (PC) peut désormais associer Syriza et la droite dans une même condamnation, tenant sa ligne de splendide isolement avec un discours de classe et la volonté de créer son propre syndicat. Dans la gauche anticapitaliste, Antarsya reste très divisée, surtout entre ses deux forces principales. Il est difficile aujourd’hui d’être optimiste sur l’avenir de ce regroupement dont les débuts avaient été si forts… D’où l’importance de s’associer à différentes initiatives en cours, de forces qui tentent d’œuvrer pour une gauche anticapitaliste et internationaliste.
Et tout ceci est aggravé par la crise profonde des syndicats, entre l’ex-­direction de GSEE, la confédé du privé, ouvertement pro-libérale, le courant du KKE (PAME), et les syndicats de base, dont la démarche est soutenue par une partie d’Antarsya…

Le 24 septembre, une première étape
Cette situation a des répercussions sur les mobilisations : celles-ci existent mais de manière éclatée. Hormis la belle surprise d’une manifestation massive fin juillet contre la suppression de l’asile universitaire, les mobilisations de cette rentrée voient des participations limitées : peu de monde lors des manifs de rentrée sociale à Salonique ; seule présence des anarchistes, de collectifs et d’Antarsya dans les mobilisations contre la répression ; quelques milliers le 19 et le 26 pour sauver le climat…
Mais une première journée de grève nationale a eu lieu le 24 contre la loi pour le développement, à l’appel de différents courants de la gauche syndicale, en dépit des manœuvres du PASOK et de la droite… Assez bonne mobilisation, avec une grève dure chez les marins, bien suivie dans quelques secteurs. Peut-être alors le début d’une relance du mouvement de masse, car beaucoup comprennent qu’il ne faut pas tarder. Mais les trois appels athéniens à manifester dans des lieux différents montrent que la route est encore longue, et qu’en Grèce, on a aussi grand besoin d’une boussole anticapitaliste et unitaire !

À Athènes, A. Sartzekis

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