Grèce : grève du 30 mai, à la croisée de quels chemins ?

En apparence, la grève générale du 30 mai s’inscrit dans le cadre des mobilisations contre les plans misérabilistes imposés par les créanciers de la Grèce : une cinquantaine de journées depuis 2010 ! Cette grève a été bien suivie dans quelques secteurs (transports), mais les manifestations sont comme les dernières sans rapport avec celles des années 2011-2013 (15 000 à Athènes) : l’imposition de terribles mesures antisociales décourage une combativité de masse. Pourtant, derrière ces données, le cadre d’action est peut-être en train de changer, en partie à cause de la dégradation profonde du rapport des forces sociales.

Fin des mémorandums

Tsipras le proclame : en automne, grâce aux sacrifices des travailleurEs et à sa politique, la Grèce sort des mémorandums… En réalité, au terme de l’évaluation par les créanciers, seront votées le 14 juin des dizaines de mesures anti-ouvrières (nouvelle baisse des retraites, des salaires…), condition pour que l’Eurogroupe du 21 juin donne son accord au financement attendu. Rien de réjouissant donc, et on voit croître dans Syriza les divergences par rapport à un Tsipras qui en appelle à l’alliance des « progressistes » (dont le PASOK !), et à l’adaptation définitive au libéralisme.

« Alliance sociale »

La GSEE (Confédération unique du privé, dirigée par le courant PASOK) et ADEDY (Fédération unique du public) viennent de former le cadre « Alliance sociale », avec une série d’organisations patronales ou professionnelles, et des objectifs rejoignant les perspectives de Tsipras : favoriser l’entrepreneuriat créatif, modernisation de la force de production et de l’administration publique… Et c’est au nom de cette alliance sociale que les deux syndicats nationaux ont appelé le 30 mai à une journée nationale d’action pour protester contre les mémorandums, l’objectif étant de « placer la patrie en première ligne et d’aller vers le redressement de la société et de l’économie grecques » ! Il est important de voir si tout cela constitue une rupture, un pas significatif : tel n’est pas l’avis du KKE (PC grec) et de LAE-Unité populaire, qui voient là un prolongement logique de la ligne des directions syndicales. Antarsya insiste quant  à elle sur la gravité de cette alliance qui accroît la désorientation politique.

Le 30 mai et ses perspectives

Dans ce cadre, la grève du 30 avait un aspect désarmant ! Au meeting matinal de GSEE et ADEDY, il y avait encore moins de monde que le 1er Mai, preuve que cette ligne n’a aucun soutien ouvrier. PAME, le courant du KKE, avait de son côté un gros cortège, avec pas mal de jeunes, mais si PAME analyse assez bien le caractère patronal de l’Alliance, le paradoxe est que celle-ci prône un cadre patriotique que ne renierait pas le KKE, dédouanant le patronat grec pour charger les seules multinationales ! Les syndicats de base et la plus grosse partie d’Antarsya sont partis eux manifester au siège de GSEE puis du patronat, et NAR, courant principal d’Antarsya, a dénoncé LAE et le KKE qui restent « à la queue de GSEE ».

Tout cela, entre dénonciation des uns et suivisme des autres, ne répond évidemment pas à l’urgence sociale. Même si Antarsya appelle pour le 14 à une « grève par le bas », cela ne suffira pas, et il est décisif de savoir offrir une perspective unifiante, sans oublier qu’effectivement, même si GSEE et ADEDY n’ont jamais voulu aller à l’épreuve de force toutes ces années, c’est toujours dans le cadre de leurs appels nationaux que les mobilisations d’ampleur ont pu avoir lieu. 

À Athènes, A. Sartzekis

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