Génocide au Rwanda : non à l’impunité des responsables français

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« S’il y avait des coupables, on le saurait depuis longtemps. » Alexandre Varaut, avocat de l’un des officiers français, ne croit pas si bien dire en commentant l’information sur l’ouverture d’une enquête visant une vingtaine de hautes personnalités françaises dans le génocide de 1994 qui a coûté la vie à au moins 800 000 Tutsis ainsi qu’à des Hutus modérés...

Pourtant les faits avérés démontrent comment les responsables français, en toute connaissance de cause, ont soutenu un gouvernement génocidaire.

En effet, dès l’automne 1990, alors que plusieurs massacres de Tutsis ont lieu à travers le pays, l’ambassade de France à Kigali alerte Paris sur les risques génocidaires au Rwanda. En 1992, avec l’aide des militaires français, les milices Interahamwe vont se constituer et seront, avec l’armée rwandaise deux années plus tard, les principales responsables du génocide. Le pays est inondé de messages de haine relayés par des médias, notamment la Radio des mille collines.

Cela n’empêche nullement la France de continuer son soutien à la dictature du Rwanda en lançant l’opération Noroit, officiellement pour protéger les ressortissants européens, mais dans les faits les troupes françaises vont s’engager au côté de l’armée rwandaise pour tenter de stopper l’avancée du FPR rassemblant Tutsis et opposants Hutus. Cette complicité, certains parleront de « frères d’armes » entre soldats français et rwandais, explique entre autres la passivité des troupes françaises pendant le génocide, comme en témoigne le refus d’aider les Tutsis pendant l’opération Amaryllis qui visait à exfiltrer les ressortissants français du pays. Un des faits les plus dramatiques reste l’affaire de Bisesero, où l’armée française va délibérément laisser des centaines de Tutsis pendant plusieurs jours aux mains de leurs tueurs avant d’intervenir.

Une justice qui tarde à venir

De nouveau présentée comme une intervention humanitaire, l’opération Turquoise va permettre d’exfiltrer les génocidaires sans les désarmer vers la région frontalière de la RDC (à l’époque le Zaïre). Regroupés dans les camps, les génocidaires vont tenter de reprendre le pouvoir au Rwanda, en menant des incursions armées, ce qui va entraîner une spirale de violence, qui continue à s’abattre sur les populations dans cette région du Kivu.

Alors oui, les faits sont connus autant que les personnalités impliquées : celles de la hiérarchie militaire mais aussi les politiques qui avaient des responsabilités à l’époque et qui continuent à parader dans les médias comme Juppé, Sarkozy, Védrine et d’autres.

Si on peut déplorer que Kigali instrumentalise la justice selon ses propres besoins, l’importance d’un jugement n’en reste pas moins vraie. C’est une nécessité morale pour toutes les victimes, mais aussi politique, pour mettre à nu les agissements criminels des dirigeants de la France en Afrique.

Une justice qui tarde à venir, quand il s’agit de juger les génocidaires rwandais qui sont en France, ou de rendre les jugements dans les procès intentés par les survivants de Bisesero, ou des femmes tutsis violées par des militaires français lors de l’opération Turquoise.

Paul Martial

 

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