Gabon : Ali Bongo et les quarante voleurs

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Une Assemblée nationale incendiée par des manifestantEs en colère ; au moins sept morts jusqu’à ce lundi, jour où régnait une accalmie provisoire ; entre 800 et 1 100 arrestations selon des sources officielles, c’est-à-dire des voix du régime qui s’efforçait d’ajouter que la répression visait « des pilleurs »... Voilà le bilan provisoire des affrontements qui ont suivi l’annonce faite, mercredi 31 août, de la prétendue victoire du président gabonais Ali Bongo.

Le Gabon constitue un « pays pauvre de ses richesses », à l’instar de plusieurs autres États anciennement colonisés.

Mainmise sur le gâteau pétrolier

Riche en pétrole – principalement exploité ici par le groupe français Total –, en fer, manganèse, uranium et en bois, cette république située au niveau de l’équateur en Afrique centrale et sur la côte Atlantique ne compte qu’environ 1,8 million d’habitantEs. Cette combinaison entre une population faible et un sous-sol riche garantit dans d’autres pays, bien qu’ils soient gouvernés par des dictatures, une satisfaction relative des besoins matériels de leurs habitantEs (à l’instar de plusieurs pays arabes du Golfe, bien qu’il y existe un prolétariat immigré surexploité).

Ce n’est pas le cas du Gabon, où les systèmes d’éducation et de santé publiques se trouvent dans un état déplorable. Même la Banque mondiale évoque un tiers des citoyenEs vivant en dessous du seuil de pauvreté, mais en réalité, la misère sociale est encore plus répandue. Les recettes pétrolières se partagent entre une couche sociale bénéficiant des largesses du régime et des élites françaises, dont les agissements au Gabon avait un temps été mis au grand jour par l’« affaire Elf » (de 2001 à 2003).

Affaires de famille

La même famille régit le pays depuis 1967. Au père Omar Bongo, décédé en juin 2009, après 42 ans de présidence (un record de longévité qu’il partageait avec le libyen Kadhafi), a succédé son fils et ex-ministre de la Défense, Ali Bongo. La première « élection » officielle de celui-ci, fin août 2009, s’était déjà mal passée : quinze morts dans des manifestations et leur répression, surtout dans la ville portuaire de Port-Gentil. Sept ans et un mandat plus tard, le scénario semble donc se répéter.

Cette fois, le principal adversaire d’Ali Bongo à ce scrutin présidentiel était un rival de taille. Né en 1942, Jean Ping, ancien secrétaire général de l’Union africaine (UA) de 2008 à 2012, est issu du régime et a même appartenu à la famille présidentielle en tant qu’ancien gendre de feu Omar Bongo... Ancien ministre (notamment des Affaires étrangères), il avait annoncé des fraudes électorales, argumentant que lui-même avait assisté aux mêmes procédés lorsqu’il était au gouvernement. Il savait comment cela se passait, il n’aura pas été déçu.

Après l’annonce partielle d’une bonne moitié des résultats qui donnaient Jean Ping gagnant mardi 30 août, la tendance s’est miraculeusement renversée dans les 24 heures qui ont suivi, avant la proclamation d’un résultat officiel qui voit Ali Bongo en tête avec 49,8 %, devant Ping à 48,2 % (l’élection étant à un seul tour, une majorité relative suffit).

Solidarité avec le peuple gabonais

L’appareil du régime, tout autant que les grandes puissances, auraient pu accepter une victoire de Jean Ping puisqu’elle ne risque pas de menacer les fondements même de la domination politique et économique. Mais le noyau dur du régime en a décidé autrement. À partir du mercredi 31 août, Bongo a fait encercler le QG de Jean Ping (sous prétexte d’y trouver les incendiaires du bâtiment du Parlement), 26 dirigeants de différentes forces d’opposition se trouvant à l’intérieur, obligés de dormir à même le sol. Ils ont retrouvé leur liberté de mouvement deux jours plus tard.

Pour le moment, la France, puissance tutélaire qui possède une base militaire à Libreville (l’une des deux grandes bases françaises maintenues sur le continent africain avec celle de Djibouti), veut donner l’air de jouer aux arbitres, condamnant les violences et appelant au recomptage des voix et à « la transparence ». L’Union européenne joue sur le même registre.

Ici, environ 3 000 personnes ont participé à une manifestation devant l’ambassade du Gabon à Paris, samedi dernier. La gauche et le mouvement ouvrier doivent exprimer leur solidarité absolue avec le peuple gabonais en lutte contre certains intérêts de l’impérialisme français, cela sans oublier qu’une transition du régime au profit de Jean Ping ne sortirait pas nécessairement de ce cadre-là.

Bertold du Ryon

 

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