Face à la crise européenne

L’Union européenne (UE) est en train de craquer. Construction capitaliste dès le départ, elle répondait cependant initialement à l’aspiration des peuples d’un continent bien des fois ravagé par la guerre. Désormais machine antisociale et anti-démocratique, si elle vacille aujourd’hui, ce n’est pas malheureusement sous l’impact d’une contre-offensive populaire.

En Grande-Bretagne, les courants anti-UE se sont renforcés : essentiellement réactionnaires, ils ont un certain écho auprès de victimes désorientées des destructions du système social et du chômage. Le Premier ministre David Cameron a obtenu des dérogations aux règles européennes qui préservent les financiers de la City et limitent les prestations sociales des immigrés. Il va donc faire campagne contre la sortie, mais n’est pas certain de remporter le référendum du 23 juin.

L’afflux des réfugiés est un autre facteur de crise d’une UE incapable de mettre en pratique même le plan dérisoire d’accueil de 160 000 personnes auquel elle s’était arrêtée (alors que le nombre réel dépasse le million). Sur ce plan, les dirigeants français font preuve d’un cynisme d’acier : Valls a été jusqu’à critiquer Merkel pour son laxisme lors d’un voyage en Allemagne. Les divers pays européens commencent à s’entourer de barrières entravant les déplacements de personnes.

Face à la situation économique, l’UE manifeste aussi son impuissance : le méga-plan d’investissements de 300 milliards d’euros a fait pschitt, et l’union bancaire n’empêche pas les marchés financiers de s’interroger sur la solidité de certaines banques européennes dont les cours plongent en Bourse.
En Pologne et en Hongrie, sont désormais en place des gouvernements nationalistes ultra-réactionnaires mais qui assoient leur popularité grâce à quelques mesures sociales, alors que leurs prédécesseurs cassaient tout en symbiose avec Bruxelles.
Dans cette crise dont l’aboutissement est incertain, apparaître comme « l’aile gauche » du nationalisme anti-européen est un piège auquel il ne faut pas céder. Il faut rompre avec les traités européens et avec cet euro au service de la finance, certes, mais aussi avec nos propres institutions.

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