États-Unis – Chine : il n’y a pas qu’Huawei

Huawei privé de ses marchés extérieurs ? Le géant chinois des télécommunications, Huawei, est dans le collimateur de Washington. C’est en fait un élément d’un affrontement global entre les deux puissances.

Depuis des décennies, les États-Unis ont, sans état d’âme, écouté les communications et espionné de multiples façons leurs adversaires et aussi alliés, utilisant leurs entreprises quand ils le jugeaient utiles. L’agence américaine de renseignement (NSA) a ainsi trouvé en ATT, le géant des télécoms, un partenaire particulièrement efficace pour espionner les communications, selon les documents de l’ancien consultant de la NSA et lanceur d’alerte Edward Snowden (qui a dû quitter les USA pour échapper à la prison). La compagnie US y est décrite comme une société « extrêmement coopérative », et qui a démontré « une grande volonté de collaborer ».

Sanctions contre un fleuron du nouveau capitalisme chinois

Mais ce que les États-Unis considèrent avoir le droit de faire, ils l’interdisent aux autres même en l’absence de preuves tangibles. Ainsi, le 15 mai, le département du Commerce étatsunien a inscrit Huawei sur la liste des entreprises présentant un risque pour la sécurité nationale. Les firmes US doivent désormais demander une licence pour commercer avec Huawei et ont été prévenues qu’elles ne pourraient obtenir cette licence. Les entreprises états­uniennes de semi-conducteurs vont donc cesser de vendre leurs puces à Huawei.

Google, pour sa part, va priver le groupe chinois d’Android, le système d’exploitation de ses smartphones. Si cela se confirmait et en dépit du fait que Huawei se préparait aux mesures US, ses smartphones perdraient leurs débouchés hors de Chine : sur le marché chinois, Huawei a développé des applications alternatives, mais dans le reste du monde, difficile de vendre un appareil ne pouvant disposer des mises à jour d’Android et des applications de Google.

Huawei, avec ses 110 milliards de dollars de chiffre d’affaires et ses 180 000 salariéEs, est un des fleurons du nouveau capitalisme chinois. Depuis 2012, les États-Unis disent craindre que ses produits ne soient utilisés à des fins d’espionnage. En effet, Huawei ne vend pas seulement des smartphones mais des matériels utilisés par les opérateurs de télécoms et jouit d’une avance dans le domaine de la 5G. Bien entendu, sa direction se défend de tout lien avec l’État chinois...

Affrontement de brigands

Le décret de Trump sur Huawei est arrivé quelques jours après un échec des négociations commerciales en cours avec la Chine : les deux pays sont engagés dans une escalade sur les droits de douane. Les mesures concernant Huawei serait donc aussi un moyen de peser sur les Chinois et de les amener à des concessions. Pour montrer qu’il n’est pas démuni de moyens de riposte, le président chinois Xi Jinping a visité lundi 20 mai un site d’extraction de terres rares. La Chine détient un quasi-monopole sur ces minéraux stratégiques pour toute la nouvelle technologie, y compris étatsunienne.

Trump est le dirigeant d’une puissance déclinante face à la Chine bien que celle-ci n’atteigne pas encore le niveau US. Il fait flèche de tout bois pour défendre le statut et les intérêts du capitalisme étatsunien, tant économiques que politiques et militaires. Il veut limiter le déficit commercial US, freiner les transferts des technologies étatsuniennes vers la Chine, obtenir la fin des subventions des entreprises d’État, un accord sur les devises…

Il n’y a pas que le terrain économique, les États-Unis montrant aussi leurs muscles en mer de Chine méridionale où l’US Navy conduit régulièrement des opérations ­baptisées « Liberté de navigation » afin de répliquer à Pékin qui y revendique la quasi-totalité des îles et récifs face aux autres États riverains. En effet, au-delà de la complexité historique des droits des uns et des autres, une chose est claire : Pékin veut affirmer sa primauté sur ses voisins, comme Washington le fait en Amérique latine.
La guerre commerciale Chine-USA ressemble de plus en plus à un affrontement de brigands, tel que nous en avons connu entre puissances impérialistes dans le passé.

Henri Wilno

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